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CHANSON D'AMOUR
Besame, besamemououcho…
Une voix rauque module l'éternel standard. Veste bleue nuit, cravate rose, mocassins blancs, courbé sur son sax, un matador triste attise l'émotion. Vêtu de son habit de lumière, Barney répète inlassablement, s'invente des solutions fragiles : impros subtiles, décalages de notes…
Une lumière loustalienne souligne les pans d'ombre et chavire sur des îlots de clarté. Besame, besamemouououcho s'étire sous le regard de Pauline. Barney se balance, il oublie un instant la drogue dans ces moments rares où il retient la nuit et le temps. Tout le jour, cloîtré dans sa chambre d'hôtel, il entretient, cire, patine, embellit obsessionnellement le cuir doux de ses mocassins blancs… Il n'invente rien, il répète inlassablement ce geste dérisoire. Le pied tapote, se balance, comme engourdi, retombe sur les dernières mesures, un spot bleu le fait briller une dernière fois. La légende du jazz s'illumine ; les vieilles M.G., le sourire rare de Pauline et les feulements du saxe cuivré nous font comprendre cet amour exclusif pour les mocassins de Barney. La voix se casse, veloutée, granuleuse comme la trame usée d'un tissu fragile, elle bouleverse au-delà des mots…
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Marie-Hélène
Branciard
Nouvelle - Hommage à "Barney et la note bleue", BD de Loustal
et Paringaux.
3 000 caractère.

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