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LES MUSICOS ATTAQUENT
Nouveaux talents, nouveaux sons, nouvelles tronches... Et vous ? Ferez-vous un jour partie de ces groupes qui émergent brusquement après des années de galère ? Si le doute vous assaille, dites-vous bien que les Louise Attaque, Les Innocents et tous les évadés de l’oubli (non, ce n’est pas le nom d’un groupe) viennent de loin, de très loin : d’aussi loin que vous...
Non, tu ne chanteras pas !
Allons, allons... Ne vous inquiétez pas. Si l’on veut vous empêcher de vous exprimer, c’est peut-être uniquement parce que vous allez plus vite que la musique.
Prenez "Louise Attaque", par exemple, s’ils n’avaient pas construit leur succès uniquement par le biais des concerts, on ne les connaîtrait sans doute pas. La plupart des grosses radios refusaient en effet de les programmer sous prétexte qu’ils ne rentraient dans aucunes des petites cases prévues par les grosses maisons...
Moralité : soyez vous-mêmes, accrochez-vous et profitez bien des petits conseils, tuyaux et autres "pistounettes" qui suivent...
On zeu road again and again...
Sans être la voie royale, la route des concerts est très formatrice. Elle vous permettra de vous faire les dents et de progresser face à un public qui ne pardonne rien. En outre, les concerts favorisent les rencontres avec d’autres professionnels ; ce qui n’est pas négligeable quand l’on connaît l’importance des "relations" dans ces métiers...
En Bourgogne la formule "café-concert" a en tout cas pris ses marques de belle façon ces quelques dernières années ! Il n’y a qu’à voir le nombre de concerts proposés dans "Les petits Bonheurs" de votre journal préféré (p.16) pour s’en persuader. Bref, sans être la panacée - il faut en effet compter avec la fatigue et la misère des cachets - le concert est la meilleure façon de se faire connaître et de jouer devant un public à peu de frais.
En tout cas, ne comptez pas là-dessus pour faire fortune et partir en Patagonie comme Florent Pagny ! Sachant que le cachet moyen est de 1 000 à 2 000 francs par soirée et par groupe, vous imaginez le résultat !
Ayez le réflexe ODM...
Si vous souhaitez élargir votre champs d’action au-delà de la Bourgogne, vous pouvez faire la tournée des cafés de France et de Navarre. Pour réunir les adresses consultez l’ODM (1), à savoir l’Officiel de la Musique (prononcez "Odéhem", ça fait plus pro), piste incontournable.
Enfin, si vous êtes insatiable et que vous voulez passer à l’étape supérieure, démarchez les salles, les organisateurs de spectacles (qu’ils soient des associations, des collectivités locales ou des sociétés privées). Le CRIJ Bourgogne édite d’ailleurs une fiche dans laquelle figurent tous les organisateurs de spectacle de la région (2).
D’autre part, si vous contactez directement les salles, n’oubliez pas la FEDUROCK, autrement dit, la "Fédération des salles et des clubs de rock", une association qui regroupe une trentaine de salles françaises ayant une programmation alternative (voir "Tuyau" ci-contre).
Faites votre "vedette américaine" !
Autre piste à creuser : les premières parties de vedettes confirmées (on appelle ça "passer en vedette américaine".
"Cela vous permettra de vous frotter à un contexte très professionnel, mais aussi de décrocher vos premiers articles de presse, certes dans le journal local... mais cela servira de base à la constitution de votre press-book. Les articles tiendront lieu de cartes de visite quand vous démarcherez les organisateurs de concerts ou les maisons de disques." (3)
Pour décrocher une première partie, le mieux est d’envoyer une maquette et un press-book chez les tourneurs et organisateurs de spectacles. Vous pouvez également tenter d’approcher les "deuxièmes parties" pour leur glisser votre CD... On ne sait jamais.
Faites les oufs dans les "Off"
Sans viser forcément Bourges ou les Francofolies, vous pouvez très bien profiter de la programmation "Off" des festivals. De nombreux bars accueillent en effet des groupes peu ou pas connus pendant les festivals. Outre le fait de jouer devant un public de connaisseurs vous aurez peut-être la chance de rencontrer un producteur...
Les Tremplins
De nombreux concours et tremplins sont organisés à longueur d’année dans toute la France. Hormis les plus connus et reconnus - "Les Découvertes du Printemps de Bourges" (4) et le "Fonds d’Action et d’Initiative Rock" (FAIR) (5) - il en existe bien d’autres et notamment en Bourgogne : le Tremplin Wish à Nevers (6) ou celui organisé par la Cave à Musique à Mâcon.
La salsa des "démos"...
Qu’est-ce qu’une "démo" ? Un outil absolument nécessaire dans tout "démarchage". Il s’agit en fait d’une cassette ou CD de démonstration. Base de travail pour un morceau elle vous permettra de vous faire apprécier (ou jeter) par les directeurs artistiques des Maisons de disques.
Le CIR (Centre Info Rock) (7) peut vous aider et vous donner tous conseils utiles pour sa réalisation. Les studios d’enregistrement réalisent également le gravage CD et les maquettes de démo. Contactez-les pour connaître les caractéristiques techniques de leur studio, leur type de matériel, leurs conditions de prix...
Les coûts... ça fait mal !
La solution la plus répandue pour les jeunes groupes ou auteurs qui en ont marre d’attendre - à condition qu’ils aient un peu d’argent - est l’autoproduction. C’est alors à l’auteur ou au groupe de fournir les fonds pour la réalisation du CD (enregistrement studio, fabrication, distribution).
L’avantage d’autoproduire son CD est que l’on récupère quasi intégralement l’argent des ventes (lorsque l’on arrive à vendre...) :
"Quand un débutant sur une multinationale gagne au mieux 15 francs par CD, un "autoproduit" touche environ 80 francs par album vendu 100 francs." (8)
Ce sera par contre à lui de prendre en charge les frais de répétitions, les déplacements ou les locations de salles...
Certains petits malins recourent à la souscription et réunissent des fonds grâce aux promesses d’achat. Vous pouvez également envisager une coproduction, avec une société qui vous prête ou vous loue à meilleur marché son studio d’enregistrement, et récupérera évidemment une marge sur la vente de votre disque...
Cependant, il n’est pas inutile de rappeler, comme l’a fait le journal Libération dans un article récent (Rock : le boom du système D), que les coûts ont dégringolé : "On peut aujourd’hui presser 500 CD pour 5 000 francs."
Ce qui, convenons-en, met la fabrication d’un disque à la portée de nombreuses bourses, plus nombreuses en tous cas que par le passé...
Par ailleurs, l’ODM (1) nous apprend que plusieurs aides sont susceptibles de venir étoffer le budget de production ou d’auto-production d’un disque. Toutefois il ne faudra pas compter uniquement sur elles pour sa réalisation. Ces aides ne peuvent être que le complément d’un financement déjà acquis. Il s’agit de celles des Collectivités territoriales (Conseils Généraux, Conseils Régionaux ou les villes). L’Etat par le biais des DRAC peut soutenir des projets dont l’initiative revient à des artistes de la région. Les organismes professionnels (sociétés civiles de perceptions des droits d’auteurs et des droits voisins) ont aussi mis en place des aides financières aux projets, et dans le cadre de la loi de juillet 1985 elles en ont même l’obligation. Ainsi l’ADAMI (Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes), la SCPP (Société Civile pour l’exercice des Droits des Producteurs Phonographiques), le FCM (Fonds pour la Création Musicale) s’engagent dans une aide à la production phonographique sous un certain nombre de conditions qui sont développées dans l’Officiel de la Musique.
Je passe à la télé !
Bon, ça y est, vous avez votre CD ou votre démo ! C’est le moment de vous mettre au boulot ! Et oui, contrairement à ce que vous pouvez croire, le plus dur reste à faire : vous faire connaître et vendre les 1 000 CD tous neufs qu’on vient de vous livrer... Car, à moins d’avoir un "Bat-Manager" (avec une cape et des collants) qui assure vraiment, c’est à vous de vous coltiner la promo.
L’essentiel est de vous faire entendre et voir le plus possible : ne négligez donc aucun média (radio, TV, presse, internet, salons, rencontres, etc.). Les premiers relais qui viennent à l’esprit sont bien entendu les radios. Grosses ou petites, elles ont leurs qualités propres... Dites-vous quand même que les radios indépendantes sont en général moins frileuses et davantage ouvertes aux groupes locaux. Reportez-vous au "Tuyau" ci-contre qui recense quelques radios indépendantes régionales faisant la part belle aux inconnus.
Question télé, sachez que l’émission du cable "MCM Sessions" (9) a reçu dans l’année 97 environ 150 débutants. "Graines de star" (10) sur M6 fait également beaucoup pour la promotion des chanteurs.
N’oubliez pas non plus les petits disquaires traditionnels et indépendants. Peu armés pour rivaliser avec les prix "cassés" de la grande distribution, ils sont cependant plus enclins à prendre des risques... On en a recensé quelques-uns uns sur la région ("Tuyau" ci-contre) qui n’hésitent pas à vendre les CD de jeunes groupes du coin et mettent également en vente les fanzines musicaux de la région et d’ailleurs...
Quant aux "mammouths" du disque - La FNAC ou Leclerc - ils organisent ponctuellement des manifestations pour la promo des groupes novices...
Dernier truc : gardez le moral quoi qu’il arrive et, si le succès tarde trop, vous pouvez toujours créer votre propre fan club sur le web !
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Marie-Hélène Branciard et Marie-Odile Prando, Planète Spook N°12, Juin-Juillet 98. Dossier "Musiques actuelles".

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