Art postal - Mail art - Presse Fanzines Ecriture & graphisme

bi api
 
home
mail art
press
fanzines
design
words






Drôles d'envois pour une rencontre

 

AU PAYS DE NULLE PART

Le Fun ou la moralité du plaisir...


Le Pays de nulle part ?... Facile ! "Vous prenez la deuxième étoile à droite et ensuite c'est toujours tout droit jusqu'au matin..."

Dans "Génération Glisse" (1) Alain Loret rapproche ainsi l'univers de Peter Pan de celui des nouveaux sportifs...

Ces riders, grimpeurs, surfers, bikers, skaters et autres adeptes des sports de glisse qui n'attendent qu'une vague ou qu'une bosse pour s'exploser de plaisir. "Là où l'imaginaire se débride et où, selon Peter Pan, il suffit de penser à des choses merveilleuses pour planer"…

Danger, frime, dégaine XXLarge...

Agrippés sans fil au-dessus d'une paroi vertigineuse, surfant dans la poudre magique du hors-piste ou rivés sur leur skate au-dessus du ciel, les "furieux" s'envolent dans la quatrième dimension. Danger, frime, dégaine "XXXLarge", vocabulaire déjanté, rap ou hard-core dans les oreilles, les sportifs alternatifs se fabriquent à toute berzingue une contre-culture résolument "fun".

"Un trou de plus dans la tête..."

Dans Roc'n Wall, le "magazine de l'esprit de la grimpe", un grimpeur raconte ainsi son escapade à Hueco Tanks, le site de blocs le plus fameux des Etats-Unis : "J'ai comme un "Hueco" de mémoire ! Je ne sais plus bien où je suis, ni qui je suis. Assis dans une dépression du rocher, au sommet de la West Mountain, je regarde mes amis s'agiter sur un mur criblé de trous, un rocher d'une beauté irréelle, placé là comme au beau milieu d'un songe. (...) Traverser l'océan pour retrouver des bouts de caillou peut paraître un peu fou. C'est qu'il faut l'être pour grimper, tout simplement. Juste pour le plaisir de toucher une autre roche, voir des espaces différents et se mettre un trou de plus dans la tête !" (2)

"Break the rules"

Tel était le slogan d'une pub, pour les baskets Reebock, sortie il y a quelques années. Au premier plan, 4 paires de baskets avec le nom de leurs propriétaires : Paul, John, Dave et Peter. Au fond, une batterie, un sax, une guitare, un clavier qui les attendent... En signature, Reebock : Break the rules (brisez les règles).

"I am here to play !"

Condensé, certes simpliste, de la culture sportive et musicale des années 90, cette pub explique tout en un cliché. A l'instar des punks qui se jetèrent sur des guitares sans jamais faire l'apprentissage de la musique, les néo-sportifs veulent vivre vite, avoir tout tout de suite, même le bonheur promis pour demain.

"La règle, son respect, l'engagement physique avec des objectifs de performance ne constituent plus le système de valeur des jeunes qui pratiquent ces sports. Aujourd'hui on privilégie l'aspect ludique contre les contraintes disciplinaires." (3) "I am here to play !" assène un skater interviewé dans Ride On, le magazine Surf Snow Skate Sonic.

Un peu bad boys, un peu oufs...

Le jeu l'emporte sur le sérieux sportif. Pour Silvère, skater, créateur et rédacteur du fanzine "Billie Joe" (4) : "Les skaters sont rarement de grands sportifs. Ils sortent de la norme. Moi, j'ai toujours détesté le sport en général et l'esprit de compétition." Un peu "bad boys", un peu oufs, les adeptes du fun se libèrent du chrono, de la compèt' et de l'affrontement. Leur "philosophie" : s'éclater, tout simplement.

"Massacre au Supermarché"

S'ils s'éclatent, ils trouvent aussi les mots pour le dire. "L'étonnante créativité linguistique des grimpeurs" (1) a par exemple laissé pantois un lexicologue qui menait une étude sur le vocabulaire de l'escalade.

Exit les noms de voies classiques : "La voix du Lézard", "Le passage du Singe" ou "Quand Yannick s'en mêle" font désormais partie de la préhistoire. A ces gentilles dénominations se sont substituées d'autres qui se dégagent totalement de la tradition alpine : "Orange Mécanique", "Massacre au Supermarché", Vaches Folles", "Le Chaînon Manquant", "Easy Rider", "Ravage", "L'Abo est Mienne", "L'Ange en décomposition", "Les Valseuses"...

Les skaters ne sont pas en reste mais piochent eux sans vergogne dans le vocabulaire anglais. "En skate, pour dire "prendre", on dit "catcher". Au départ, c'était un mot qui voulait dire uniquement "attraper sa planche" (catcher sa board) et puis ça s'est étendu à tout le reste : on catche une vidéo par exemple... Sinon, on dit "rider" (raïdé) pour rouler. Un "spot", c'est l'endroit où on fait du skate, "taper un ollie" c'est faire décoller sa planche par la seule pression des pieds, un "gap", c'est un dénivelé important... " (Silvère)

Glisse et sensations

Autres temps, autres mots... "La glisse", "notion majeure de notre temps" selon Michel Fize, est ainsi entrée dans le vocabulaire courant et dans nos dictionnaires sans faire beaucoup de vagues. Et pourtant...

"L'apparition plus ou moins brusque d'un mot au sein d'une communauté linguistique indique presque toujours un changement de la vie des hommes qui la composent. L'image de la glisse, pour qualifier notre monde, illustre parfaitement une ère historique où la chose publique n'a plus d'attache solide, plus d'ancrage émotionnel stable, où tout ce qui ressemble à de l'immobilité ou de la stabilité doit disparaître au profit de l'expérimentation et de l'initiative." (5)

Bouge de là !

Le déferlement actuel de nouveaux sports va également dans le sens de cette frénésie : Base-jump (se lancer dans le vide du haut d'une falaise avec un parachute), Carving (les nouveaux ski-surf paraboliques), Free-ride ou Boarder-cross (dérivés du snow-board), Wakeboard (ski nautique avec un surf modifié), Skwall (entre monoski et surf)...

Si les pros du marketing ne sont pas pour rien dans le lancement de ces activités, il n'empêche qu'elles embarquent de plus en plus de monde sur la piste du rêve et qu'elles correspondent à une attente : la recherche de sensations nouvelles...

"J'ai été sur les skis à 5 ans, mais la première fois que je suis monté sur un snow-board j'avais 14 ans. C'était un engin de fou avec une dérive et là j'ai ressenti une chose incroyable, j'avais l'impression de caresser les courbes de la montagne, d'être en osmose avec la neige !" (6)

Sans peur et sans bâtons...

En apprivoisant le vide, la vitesse, l'eau ou la neige, les enfants perdus du sport traditionnel font plus que prendre inutilement des risques. Bonnets rabattus sur les yeux façon "I'm fucked up" (je pète les plombs), ils s’inventent à toute allure le bruit, les attitudes, les mots et les sensations d'un Pays de nulle part. Fun ou rigolos, sans peur et sans bâtons, ils attendent de pied ferme un capitaine Crochet plutôt dépassé par les événements...

---

Marie-Hélène Branciard, Planète Spook N°5 - Février 1997. Dossier "Sports de l'extrême".

Retour aux Publications.

 


(1) Alain Loret - Génération Glisse, Autrement - 1995 - www.autrement.com



(2) Stéphan Denys, "Hueco Terre indienne" in Roc'n Wall n°9, Nov. Déc. 96

(3) Alain Loret, "Les sports de l'extrême privilégient les défis personnels", Le Monde 20/21 oct. 96

(4) Billie Joe, fanzine dijonnais, Underground Skate & Music PC Fanzine.

(5) Michel Fize et Marc Touché, "Le skate : la fureur de faire". Editions Arcane-Beaunieux.

(6) Extrait d'un courrier dans le magazine Ride On, N°3, Nov. Déc. 96



[accueil] [cv] [publications] [surf] [art postal] [presse] [fanzine] [design] [mots] [crédits]


Art postal Presse Ecriture Fanzines et graphisme