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L'école des FANzines
Le fanzine est au magazine ce que la radio libre dantan
était aux fréquences officielles : un espace
amateur de liberté échevelée et une porte
ouverte aux talents.. Le fanzine BD ne déroge pas à
la règle en favorisant lémergence de tendances
et didées qui feront la bande dessinée du
XXIème siècle...
Cest
koi donc un fanzine ?
Petites
(ou grandes) revues amateur, les fanzines peuvent prendre toutes
sortes de formes (A4, A3, poster mural, carte postale...) et aborder
tous styles de contenus (musique, ciné, BD, yaourt, jardinage...).
Leur seul point commun réside en fait dans létat
desprit avec lequel ils sont conçus et fabriqués
: un soupçon daudace, trois grammes de folie, pas
mal de boulot (bénévole) et des tonnes de passion.
En ce qui concerne létymologie du mot, voici une
version "poético-rigolote" trouvée sur
le site web du fameux YaourT Sauvage :
"Le
nom du fanzine vient de fan, terme allant en français
de la groupie au bord du comas à lamateur éclairé
et de zine, terme russe, signifiant éclipse de lune."
La
curiosité est ailleurs...
Contre-pouvoirs,
espaces de liberté... les fanzines offrent à ceux
qui se donnent la peine de les trouver, une BD graphiquement différente
et non calibrée en fonction de sa majesté "Legranpublik".
Les amateurs de BD les plus nombreux ne sont souvent en effet
que des collectionneurs acharnés dalbums aussi luxueux
que cartonnés. Pour Marc Pichelin, rédacteur en
chef du "pro-zine" Ferraille, cette attitude a un (triste)
nom : "Le syndrome bibliothèque". Un syndrome
qui fait mal et qui ne donne, selon lui, quune vague idée
du phénomène BD : "La bande dessinée
nest pas que là... la curiosité est ailleurs.
Sil ny a plus beaucoup de revues de BD aujourdhui,
ce nest pas parce que ce nest plus à la mode
ou que cest moins intéressant, cest parce quil
ny a plus assez de curieux !"
Délaissant
les valeurs sûres, léquipe de Ferraille
a donc voulu "une revue vivante et surprenante, sans
gloire, ni grande signature. Ferraille cest un travail en
cours, une tentative et une nécessité pour des auteurs
de montrer dignement leur boulot." (2)
Un
état desprit que lon peut retrouver dans toutes
sortes de supports. La rubrique hebdomadaire de Willem
dans le quotidien Libération (3) en est un autre exemple.
Havre de spontanéité et dhumour, les "Images"
de Willem gardent cette fraîcheur du fanzine photocopié
en noir & blanc : écriture "manuelle", petits
crobards ou photos collés, textes brefs et percutants qui
donnent leur chance à toutes sortes dimages : fanzines,
expos photo & BD, dessin de presse, sérigraphies, tirages
de tête, micro-édition...
Les
nouveaux célibataires
Si
les fanzines (ou pro-zines tels que Ferraille) souvrent
aux jeunes auteurs, cela ne veut pas dire que la qualité
du travail fourni soit moindre... Les parcours des 10 "Nouveaux
célibataires" exposés au 26ème
festival de la BD dAngoulême (4) en témoignent :
tous trentenaires, ils nont pas encore publié dalbums
cartonnés couleurs, sont inconnus du grand public mais
ont débuté dans les fanzines depuis quelques années
et ont publié des livres dans la micro-édition.
Souvent éditeurs de leurs propres zines, les célibataires
"tournent le dos à la grande aventure, refusent les
standards classiques et tentent de sortir des sentiers battus
en proposant des récits intimistes et personnels."
Lun
de ces célibataires (Stéphane Blanquet) sest
dailleurs déjà fait remarquer à Angoulème
en recevant LAlph-Art Fanzine pour "La Monstrueuse"
en 1996. Décerné lors du festival BD, cet Alph-Art
récompense, depuis 1982, le meilleur titre publié
dans lannée dans le domaine des revues amateurs de
bande dessinée. Après Hop !, Jade, Le Goinfre,
La Monstrueuse et Tao, cest Drozophile qui a été
élu en 98. Outre le trophée Alph-Art et une certaine
notoriété, le gagnant bénéficie lannée
suivante dun stand gratuit dans lEspace Fanzine du
festival...
Mon
premier finit par "thèque"...
... et commence par "fanzino". Mon second est à
Poitiers... Créée en 1989, mon tout dispose dun
fonds de 10 000 exemplaires en lecture publique !

Grande entreprise de classement et darchivage de la toute
petite Presse Spécialisée (musique, bande dessinée,
polar...), la Fanzinothèque de Poitiers reçoit en
moyenne 150 fanzines par mois. Lieu ouvert à la consultation
publique et au prêt, carrefour et point dinfo, réseau
dinfo-rock régional, kiosque de vente de 50 fanzines,
elle multiplie les initiatives en faveur du fanzinat grâce,
entre autres, à Didier Bourgoin... La Fanzinothèque
participait notamment au plus grand événement BD
de lannée en France, le festival dAngoulême,
jusquà cette année où, "faute
de perspective de développement", elle a préféré
se retirer de lorganisation dun Espace Fanzine dont
"le budget, la surface et le statut nont pas
bougé depuis 4 ans." Plusieurs autres événements
sont heureusement prévus en 99. Entre autres : les
"20 ans de fanzines Rock en France" à
Bordeaux et "Des Kioskazines dans nos Médiathèques"
en Poitou Charentes. Bon à savoir pour les créateurs
de fanzines, la Fanzinothèque donne des infos en ce qui
concerne le dépôt légal et autres ISSN...
Elle édite également un annuaire des fanzines que
lon peut consulter, entre autres, sur son site Internet.
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Marie-Hélène
Branciard - Planète Spook N°15 - Janv. Fév.
99 - Dossier "Fête des bulles".

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