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Drôles d'envois pour une rencontre

 


JUSTE UNE ILLUSION


La séduction, maître mot de la publicité. Une publicité qui se love, sans scrupules, dans notre imaginaire collectif pour en extraire ce moteur essentiel de l'impact publicitaire.

Sur le billard, trois pubs...

... Dim, Levi's, Kookaï. Trois déclinaisons d'une séduction "touzazimuts". Trois supports également qui couronnent l'image, sa sophistication naturelle et cette forme aristocratique, par excellence, de l'information. Un minimum culturel retapé, rénové et exploité jusqu'à l'usure pour une communication maximale… Et le pire, c'est qu'on en redemande ! La publicité, "en créant son propre univers de référence nous enlève la lourde responsabilité de fantasmer et de nous représenter le monde. Nous sommes assurés d'être dans un voile de verre dépoli jeté sur le monde réel..." (1)

Etonner pour séduire

Avec ce choix d'un support fixe, l'affiche, Dim semble s'éloigner de l'humour et de la vitalité tourbillonnante qui ont fait le succès de ses spots télé… (Souvenez-vous : ta ta tata ta taaaaaa !). Il est vrai que l'affiche est le plus souvent utilisé en complément d'autres campagnes plus explicites… Le logo Dim agissant comme une madeleine pour ramener dans nos mémoires les notes immortelles d'un sax persistant. Il semblerait donc, qu'à travers nos regards et nos souvenirs, l'affiche continue d'exister. Chacun de nous étant en mesure de continuer le travail du « créatif » en projetant ses désirs sur un média largement consentant… Telle serait donc, si l'on en croit les spécialistes, la noblesse et la force de l'affiche par rapport à d'autres supports.

Demain, j'enlève le bas !


Un média qui, d'autre part, n'en finit plus de nous étonner. Dès 1981, Myriam tenait les promesses d'Avenir en montrant ses fesses (Demain j'enlève le bas !). Elle ramenait dans la rue l'événement et, avec lui, la vocation d'un support en perte de vitesse. 1988, Giraudy s'affiche à son tour par le biais d'un président à peine élu et renoue avec l'effet de surprise. Des coups techniques gravés dans les mémoires grâce à une éternelle recette : étonner pour séduire.
Pour une affiche moyenne comme celle de Dim, on va simplement opérer "un subtil décalage de façon à dynamiser le média." On impulse ainsi une force nouvelle en exposant trois affiches différentes pour mettre en valeur un même produit. Légèreté du message, qualité d'exécution et occupation originale de l'espace : trois atouts pour l'affichage et un moindre coût par rapport aux autres supports (environ trois millions de francs pour une semaine d'affichage national.)

On n'est jamais trop Levi's !

Réalisme et suite dans les idées : deux façons de vendre des pantalons en denim… Après deux films exaltant la poétic' du lavomatic et la néo-fidélité, Levi's persiste et signe dans l'esthétisme. Une démarche certes réchauffée, mais à la perfection et qui fait mouche à tous les coups. La séduction, encore et toujours exploitée, servie par un spot télé irréprochable. Une beauté cachée dans la sensualité des images. Une technique calquée sur le "basic" mis en valeur : authentique, discrète, implacable. Un univers vidéoclipé aux images léchées, presque trop belles… mais on n'est jamais trop belle ! Le spot traditionnel dans toute sa splendeur. Quelques règles qui ont eu le temps de faire leurs preuves : une goutte d'émotion (Muddy Waters), deux doigts de surprise (le jean dans le frigo) et trois pincées d'une bonne vieille légende (un cow-boy en Levi's). Difficile de se planter avec ça ! Lucky Luke enfourche sa "Joly" moto et gicle vers le soleil.
Symboles et mythes, vecteurs communicationnels les plus intenses, nous branchent radicalement sur l'univers du produit. Deux facteurs décisifs quant à l'impact télévisuel. Depuis que l'on a compris que le consommateur s'appropriait l'image en la rapprochant de lui et non l'inverse (projection), on vise large et simple. D'autant que les prix calment le jeu ! Même si les tarifs ont évolué avec l'extension du PAF (2), ils restent dissuasifs : de 4 000 à 40 000 francs les 30 secondes pour M6. Pour la même durée, La 5 exigera bien plus : de 20 000 à 130 000 F… Quant à TF1, comptez jusqu'à 500 000 francs les 30 secondes pour un passage le dimanche soir. A l'heure de la plus grande écoute (prime time) et pour la même durée La 5 encaisse, quant à elle, 270 000 francs. Bon à savoir : un passage après minuit ne coûte que 15 000 francs. Un horaire pas si négligeable que ça puisque, à défaut d'une grande écoute, il permet un excellent ciblage.

Décalage en Kookaï…

Selon les spécialistes de la pub (3), il semblerait que l'on s'oriente vers une nouvelle façon de communiquer :

"On créera une image de la marque en donnant des informations sur le produit plutôt qu'en faisant jouer les facteurs émotionnels et irrationnels".

Un créneau futuriste dans lequel aucune de nos trois marques ne s'inscrit. Levi's mise en effet à fond sur la puissance du rêve, Dim joue sur les effets de son produits déployé dans l'espace et Kookaï en ne donne absolument aucune info sur ce qu'il est véritablement…
Cette dernière pub a pourtant plus de chances de fonctionner vu qu'elle s'adresse à un public soigneusement ciblé. En effet, même si des relents esthétiques viennent avant toute description explicite des qualités matérielles du produit, la pub Kookaï fonctionne parce qu'elle existe dans un média clé : la presse. Placée en tête de tous les supports (31 %) devant le télévision (12,5 %) et l'affichage (9 %), la presse confirme ainsi les impératifs de la création à venir : un ciblage de plus en plus précis. De ce fait, même si Kookaï vend un message décalé, c'est à un public de la même "nationalité" que celui-ci s'adresse : des personnages sans racines, d'une culture éclatée et diffuse… La presse peut permettre cette émergence d'une pub sur mesure, au même titre que les radios ou les chaînes privées. Complètement à l'opposé, on a l'exemple Devernois qui confirme cette tendance "Je suis dans Madame Figaro et j'aime ça !".

Avec environ six millions de francs, Kookaï vise juste : juste une image pour toucher un public d'iconophages. La marque entre résolument dans l'époque en se moquant d'elle-même et de cet impératif creux : être l'instant d'un flash et ne plus être. Juste une illusion…

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Marie-Hélène Branciard - Le Book de la mode N° 5 - Mars 88

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(1) Jean Baudrillard.

(2) Paysage Audiovisuel Français.

(3) "La publicité à l'horizon 2010" par Emmanuel Souchier et Laetitia Branciard - revue "Publicité et Société", N° 569 de "Problèmes politiques et sociaux" - La Documentation Française - Octobre 1987.




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