L'E
L
'adresse de cette rubrique a changé :
http://www.mhb7.info/mot.htm
nfer
des Nerds
(I)
Bienvenue
dans le monde merveilleux des "esclaves du micro"
: Microsoft, la fameuse entreprise du non moins fameux Bill
Gates où des centaines de Nerds - zinzins dinformatiques
- moulinent du code à longueur dannées.
Après son livre culte, Génération
X, Douglas Coupland sest fait engager dans lenfer
des nerds pour nous offrir Microserfs*, une plongée
vertigineuse dans lunivers impitoya-aaa-bleu des programmeurs
de logiciels...
Sur
l'écran bleu de leurs nuits blanches...
Apparu
aux Etats-Unis avec le succès des ordinateurs personnels
(Personal Computer) à la
fin des années 70 et "au moment où Happy
Days cartonnait à la télé", les
Nerds nont quun but dans la vie : travailler ou
jouer sur leur ordinateur. Embauchés par milliers chez
Microtruc ou IBMachin, le teint brouillé par lécran
bleu de leurs nuits blanches, ils ont même oublié
à quoi pourrait bien servir leur corps :
"Mes rapports avec mon corps se sont dégradés,
constate le "héros" de Microserfs... Je perçois
mon organisme comme une sorte de camionnette qui transporte
mon cerveau, comme une mère de banlieue prend le break
pour conduire les gosses au hockey."
Deux
heures de temps présence par jour.
Fringués comme des épouvantails en tongues,
gavés de "junk food" (sodas
transparents, bolino, fraises Tagada...), ne dormant pas,
ou peu, scotchés jour et nuit devant leur micro, les
Nerds ont parfois limpression de contribuer à
la création dun (super) style de vie...
"Il
ny a rien de mal je suppose à ne pas avoir le
temps de vivre. Cest le cas de tellement de gens quil
faut se demander si on nest pas en train dinventer
un nouveau mode de vie, il se répand et ce nest
plus une question morale - simplement, cest comme ça
quon est. Comment savoir si les gens qui "nont
pas le temps" nont pas atteint en fait la nouvelle
frontière de la sensibilité et des perceptions
humaines ? Jai besoin de 2 heures de chaleur humaine
par jour, pas plus. Avec ça je men sors, 2 heures
de temps présence."
Bidouilleurs
fous juste à côté de la plaque du réel,
ils appartiennent à diverses communautés plus
ou moins utiles à la société...
-
Les Nerds
"Moulineur de code habituellement décrit comme
potache binoclard sans nana. Fous dinformatique qui
peuvent aussi bien passer leur temps à jouer sur des
jeux vidéo, quà programmer, leur talent
nest pas toujours 100 pour cent monnayable."
Les crises de Nerds sont rares mais extrêmement violentes...
-
Les Geeks
Surdoués capable dinventer en permanence.
Contrairement au simple Nerd, le Geek est ultra compétent
et totalement apte à lemploi. Michael, lun
des protagonistes de Microserfs fait partie de cette élite
:
"De tous les gens que je connaisse, Michael est probablement
le plus proche du Mysticisme. Il ne vit que pour assembler
des instructions en séquences les plus élégantes
possibles. il est pour tout un chacun comme Mozart pour Saliéri
- entre dans les bureaux , avise les lignes de code écrites
sur les tableaux et, tranquillement, tout en parlant aux gens,
optimise leur code , à peu près comme si on
avait écrit un itinéraire foireux pour la plage
et quil corrigeait pour éviter quon se
perde."
-
Les Marvins
Nerds qui ont mal tourné. Souvent extrêmement
nuisibles, ils peuvent créer des problèmes de
dimension planétaire...
"Marvin est ce personnage dans les Bugs bunny qui
veut faire sauter la terre sous prétexte que ça
lui bouche la vue de Vénus."
Ce Nerd nuisible et diabolique est une sorte de pirate informatique
malfaisant. A ne pas confondre avec le Hacker : "Sorte
de Robin des bois qui résoudra un truc de manière
élégante, sur lair de je vais hacker
une banque et redistribuer le tout aux pauvres." (1)
*
"Microserfs", Douglas Coupland 10/18, 1996.
(1)
"Nerd attitude", Emmanuèle Peyret Libération
du 6 mars 98.
Marie-Hélène
Branciard, Planète Spook N°13, Sep. Oct. 98. Rubrique
"Les Mots".
L'Enfer
des Nerds (II)
Ils
sappellent [email protected] ou [email protected]...
Du moins, cest comme ça quils se présentent
sans avoir (forcément) peur du ridicule.
Tout
fout l'camp... même les noms !
Protagonistes
de "Microserfs", le dernier roman de Douglas Coupland*,
ils pourraient habiter rue Gamma, aller sacheter un
peu de mémoire vive ou changer leur disque dur au gré
des plantages de cerveaux sans que ça nous choque plus
que ça...
Eh
oui, tout fout lcamp, le temps, largent et même
les noms maintenant ! Autrefois, un nom ça se méritait
: porté, patiné, magnifié ou sali par
plusieurs générations, il vous était
transmis religieusement et officiellement dès votre
naissance. Les Bidochons et autres (Super) Dupont pouvaient
marcher la tête haute, fier et sûrs dêtre
représentés jusquà la fin des temps.
A moins dune grosse tuile, comme de ne donner naissance
quà des filles, on était tranquille :
le patronyme suivait son bonhomme de chemin...
Le
johnny.fr du web...
Jusquau
jour où un drôle de truc fut inventé :
lInternet. Un système de communication qui chamboulait
joyeusement les règles et où chacun pouvait
(devait) sinventer une nouvelle identité.
Lemprise du patronyme avait vécu : on assistait
alors à un phénomène étonnant,
la renaissance de toute une société parallèle.
Le Marcel Martin du coin de la rue pouvait souvrir les
portes du rêve et devenir le Johnny.fr du web en toute
impunité.
Il
pouvait surtout repartit à zéro et revivre cette
merveilleuse impression quont dû éprouver
nos ancêtres :
Fils
de %, & @ !
"J'imagine quà une époque, dans
le passé, mettons lannée 1147, on a frénétiquement
fabriqué des noms de famille tous les Smith,
Goodfellow, Green, etc. Un peu comme lactuelle frénésie
dautonomination déclenchée par le Net.
Abe assure que dici cent ans, la plupart des gens auront
abandonné leur nom davant millénaire pour
des noms "Internet". ça sera intéressant,
dit-il, quand on se servira dautres signes que les lettres,
sur le clavier, comme %, & ou @." *
Bienvenue
dans l'imaginaire... marketing
Intéressant...
et bizarre surtout. Léruption dun univers
de plus en plus inventé, souvent débarrassé
de la tradition, sorti parfois de rien ou, pire, de limaginaire
marketing. Un protagoniste de Microserfs fait ainsi référence
à un sponsoring outrancier se permettant de rebaptiser
les instants de bien-être :
"J'ai
remarqué quà la télé, les
grands moments sont sponsorisés par des marques. Ce
but vous était offert par les brasseries Bud Lite,
ou bien cet arrêt image nostalgique vous était
offert par les heureux fabricants des succulentes portions
Kraft. Je trouve ça dangereux. laisser les entreprises
envahir lespace privé revient à manipuler
la structure même du temps." *
Un
univers totalement nouveau se fabrique à vitesse grand
V, embarquant non seulement le temps, mais aussi l'espace
dans la sarabande :
"Karla
ma raconté que la ville dAtlanta étudiait
lidée de rebaptiser les rues avec des noms dentreprises.
En échange, les boîtes paieraient la maintenance
de linfrastructure : "Folgers Avenue, Royal Jordania
Airline Boulevard, Tru-Valu road. Bah, dis-je, il faut
bien que les rues aient un nom. Rue Smith, Brown, Johnson...
au début, ça devait faire bizarre aussi."
Certainement
aussi bizarre que si la célèbre rue Gamma de
la pub se mettait à exister ou si on vous proposait,
dans la vraie vie, de profiter royalement dun quelconque
instant Nutelette ou Dannetta... Au secours !!!
(1)
Prononcez Danielu at microsoft point comm.
*
Extraits : Microserfs de Douglas Coupland 10/18 - 1996
Planète
Spook N°14 Nov. Déc. 98
Retour
aux Publications.