Souvenirs de lecture : Marie-Hélène Branciard – Focus Littérature

« Nous avons tous de ces lectures qui nous ont profondément touchées, qui sont comme des madeleines de Proust : on se souvient d’où on était quand on les lisait, du temps qu’il faisait. Il m’a semblé intéressant de savoir quelles lectures avaient marqué les auteurs que nous lisons et en quoi elles avaient influencé leur désir d’écrire. Aujourd’hui c’est Marie-Hélène Branciard qui me fait l’honneur de répondre à mes questions. Je la remercie pour son temps précieux, sa gentillesse et sa disponibilité. » Denis Arnoud

Le déclic écriture a eu lieu des années plus tard avec Demande à la poussière de John Fante…

Denis Arnoud : Quel livre lu dans votre adolescence vous a le plus touché et pourquoi ?
MHB : J’ai beaucoup lu depuis l’enfance. Je me suis plongée avec délice dans les romans de Marcel Pagnol et ses Souvenirs d’enfance que je relisais chaque été. Il y a eu aussi L’Enfant de Jules Vallès, Le Petit chose d’Alphonse Daudet, Oliver Twist de Charles Dickens, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, La Nuit des temps de Barjavel, Au Bonheur des Dames et Germinal de Zola, Les hauts de hurle-vent d’Emily Brontë, les romans Signe de piste (découverts à la bibliothèque) et notamment la saga du Prince Éric de Serge Dalens…
Comme l’écriture par la suite, la lecture était un refuge, elle m’embarquait sur son tapis volant là où rien ne pouvait m’atteindre. Il n’y a pas eu un livre plus important que les autres, c’est la lecture qui est devenue importante et indispensable. Après les livres d’enfance, il y a eu plusieurs auteurs que j’ai découverts à l’adolescence et qui ne m’ont plus quittée : Patrick Modiano, Françoise Sagan, Scott Fitzgerald… S’il fallait en choisir un pour l’emmener sur une île déserte, je prendrais Scott Fitzgerald… Pour ses romans – Tendre est la nuit, Les Heureux et les Damnés – et surtout pour ses nouvelles, celles du recueil Un diamant gros comme le Ritz. J’adore cet auteur, sa façon de nourrir son écriture de ses fêlures et d’enchanter l’Amérique des années folles et de la génération perdue.

DA : En quoi ce livre a-t-il eu une influence sur votre désir d’écrire ?
MHB : Je ne sais pas si Fitzgerald a influencé mon désir d’écrire, qui est venu plus tard, avec John Fante, mais j’ai sûrement gardé au fond de moi un peu de sa solitude, de son romantisme et de sa ténacité. Du moins je l’espère… Le déclic écriture a eu lieu des années plus tard avec Demande à la poussière de John Fante, le romancier de  Bandini, le fils d’immigrés italiens qui n’avait qu’un rêve : devenir un écrivain reconnu. Dès que j’ai lu ce livre, j’ai eu envie de foncer en Californie, de me trouver une vieille Remington, de m’enfermer dans une chambre de motel et de décrire Los Angeles, la « triste fleur dans le sable » qu’il a tant aimée… Il fallait que j’essaye d’écrire quelque chose d’aussi juste, simple, drôle et humain. J’essaye toujours…

DA : Quelles sont vos dernières lectures coups de coeur ?
MHB : Dans le désordre : La Couleur de l’eau de l’Écossaise Kerry Hudson, son deuxième roman après Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman.
Le 2e tome de Vernon Subutex de Virginie Despentes. Petite louve, un polar de Marie Van Moere. Quelqu’un à tuer, un roman d’Olivier Martinelli (qui m’a fait l’honneur d’écrire la préface des Loups du remords). Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse (que j’ai découvert grâce aux Lectures du Hibou).

Souvenirs de lecture 31 : Marie-Hélène Branciard – Denis Arnoud – Focus Littérature – 14 février 2016.

Les loups du remords Marie-Hélène Branciard – Préface d’Olivier Martinelli – Nov. 2015 – Éditions du Poutan.

 

 

Publié le 21 février 2016