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Quand
les grenouilles... auront des poils !
Bizarre,
bizarre ces Espagnols avec leurs grenouilles poilues... Comme
sils ne pouvaient pas dire (comme tout le monde), quand
les poules auront des dents. Quant aux Allemands, nen parlons
pas : quand nous cassons allègrement du sucre sur le dos
de quelquun, eux ne trouvent rien de mieux que de le traîner
dans le cacao... Tels sont les différents "idiomatics"
employés selon quon vive dans tel ou tel pays...
Dast
ist nicht...mein Bier !
Ces
images constituées par des locutions proverbiales ou "façons
de parler", dont disposent toutes les langues, ont été
regroupées dans deux petits livres (1) : lun consacré
aux idiomatics espagnols, lautre à ceux utilisés
par les allemands.
Même lorsquils diffèrent, bon nombre dentre
eux renvoient à une référence analogue. Alors
que les Français "se jettent dans la gueule du loup",
les Allemands "se risquent courageusement dans lantre
du lion".
Quand un Français est pour le moins limité, on dit
"quil a une case en moins". Les Allemands et les
Espagnols feront plutôt référence à
une vis défaillante : "une vis en moins" pour
les hispaniques ou "une vis desserrée" pour les
autres...
Sachez également quun Allemand ne dira jamais
"Ce ne sont pas mes oignons" mais "Dast
ist nicht mein Bier" (ce nest pas ma bière).
A chacun ses mets et boissons de prédilection...
Au-delà
de ces nuances, on se rend tout de même compte que "limaginaire
des hommes les rassemble bien plus quil ne les différencie.
Que la main du voleur soit prise dans le sac ou dans la pâte,
cela importe peu. (...) Ce qui compte est de mettre en évidence
cette main saisie dans ses mauvaises oeuvres. Dans ce double mouvement
de coïnci-dence et décart se fait donc le passage
dune langue à lautre." (2)
Lestomac
sur la main...
Que
se passe-t-il cependant si lon séloigne de
lEurope ? Observons par exemple les images utilisées
par les Japonais. Dans "LOrient cest lOrient",
T.C. Boyle fait ainsi référence au sacré-saint
"estomac" nippon :
"Comme la plupart des japonais, Hiro voyait dans son
estomac, son hara, le centre même de son être : physiques
et morales, toutes ses forces y naissaient. Là ou loccidental
parle parfois de "coeur vaillant" ou de "crève
coeur", le Japonais, lui, toujours entend "estomac",
cet organe étant, à son idée, bien plus important
que les autres. "Ouvrir son coeur à quelquun",
cest au Japon, lui "parler destomac à
estomac", hara o awaseru, le vilain "sans coeur"
nippon étant un vilain "sans estomac", un hara
ga kuroi hito. Aussi bien est-ce cinq centimètres au-dessous
du nombril que, dans ce pays, réside le kikai tanden, ou
centre spirituel du corps tout entier. Libérer le ki, ou
esprit, en se faisant hara-kiri, cest le laisser filer de
son ventre, seul organe qui compte pour un Nippon." (3)
Même
si lestomac intervient dans les idiomatics français
(ou anglais) - avoir de lestomac (traduisez, du coeur au
ventre), le coeur reste néanmoins lorgane de référence.
Comment réagirait un Japonais qui aurait lestomac
dans les talons ou au bord des lèvres ? Quand au Français,
pourrait-il shabituer à avoir lestomac au lieu
du coeur sur la main ?
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(1)
Erika Tophoven-Schöningh, préface à "Les
Idiomatics Français-Allemand", Editions du Seuil,
Collection Point Virgule - 1989
(2)
Gabriel Saad, préface à "Les Idiomatics Français-Espagnol",
Editions du Seuil, Collection Point Virgule - 1989.
(3)
T.C. Boyle - LOrient cest lOrient, Grasset,
1993
Marie-Hélène Branciard - Planète
Spook N°3 - Décembre 1996. Rubrique "Les Mots".

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