| On na pas
tous les jours 20 ans...
Cest sûr.
Mais quand ça arrive et quil faut quitter le cocon
familial pour construire son propre nid, il sagit de trouver
les bonnes solutions.
Pour cela, pas de
mystère, le bon vieux "système jeune"
semble fonctionner à merveille... Récupération
de meubles chez les parents, "fouinage" lors des opérations
"vide-grenier", achats doccasion dans les brocantes,
à des amis ou par petites annonces, achat de mobilier neuf
dans les grandes surfaces du meuble...
Le bon vieux "système
jeune" permet de réenchanter l'espace de vie...
Des méthodes
que les jeunes que nous avons interrogé (1) coordonnent
allègrement pour "réenchanter" le peu
despace qui leur est le plus souvent imparti.
Au top 50 de lameublement
des jeunes, la solidarité familiale arrive largement en
tête. Selon une enquête de lInstitut Pour lEtude
et la Promotion des Meubles (2), "les moins de 35 ans, en
phase de premier équipement, reçoivent gratuitement
une part importante de leur mobilier : meubles neufs offerts
et/ou récupération de meubles de seconde main."
Papa, maman, les
potes et moi...
Sur les 20 jeunes
que nous avons rencontrés, 18 ont récupéré
au moins un meuble familial... Parents, grands-parents, frères
et soeurs déjà installés... la famille se
serre les coudes pour monter en ménage les petits derniers
et faciliter leur passage à lâge adulte. Pas
facile en effet de sassumer financièrement lorsque
lon étudie ou que lon recherche un premier
emploi.
"Sil ny
avait pas le loyer, jaurais pu équiper mon appartement
sans laide de mes parents. Mais là, cest une
trop grosse somme à sortir tous les mois. Javais
pas vraiment le choix..." (Sophie, 23 ans - étudiante).
Autre cas de figure,
ceux qui reçoivent un double coup de pouce : celui
des parents et celui des copains. Quand on est trois à
partager un appartement, ça peut même devenir très
intéressant... "Nous on est trois, on partage un F6
et on a rien acheté. Pourtant, on a tout le confort : frigo,
micro-onde, télé, magnétoscope, canapé...
Tout ce qui est dans lappartement a été soit
donné, soit récupéré quand nos parents
ont changé leurs meubles par exemple. Et puis, comme on
a un grand appart, quand nos potes déménagent ou
partent de Dijon, ils nous laissent leurs meubles." (Jacques,
22 ans - étudiant).
Les enfants d'Emmaüs
Même sils
nutilisent que très peu les puces ou les dépôts-vente
pour se meubler, les jeunes ont néanmoins acquis certains
réflexes digne des "Chiffonniers dEmmaüs".
Une des pratiques
qui a été le plus évoquée consiste
à profiter des opérations "objets encombrants".
Un système mis en place par la municipalité pour
que les citadins puissent se débarrasser de leurs objets
volumineux.
"Dehors, on récupère
certains trucs dans les bennes qui passent. Cest un bon
truc. Comme ça, jai trouvé des étagères
que jai bricolées pour quelles tiennent dans
ma cuisine. Cest sûr, y a pas mal de saloperies, mais
il y a aussi des trucs biens. Cest pas une mauvaise combine
et cest toujours utile." (Fred, objecteur de conscience).
Des consommateurs
avertis, astucieux et à qui on ne la fait pas !
Et cest surtout
peu contraignant, alliant le plaisir de la découverte à
la satisfaction de se meubler "pour pas un rond" :
"Les objets encombrants,
cest simple, surprenant. Tu te ballades et hop ! Tu trouves
un truc et tu le ramènes chez toi. Jai récupéré
un sommier une place à lattes comme ça...".
(Manu, graphiste).
Une façon de
se positionner en consommateur averti, astucieux et à qui
"on ne la fait pas" : "Chez moi, il ny
a rien de superficiel, tout ce qui est là sert à
quelque chose. Jai tout retapé ou récupéré,
dans la famille, dans la rue...".
Télé,
hifi... l'évasion se paye cash
En dehors de la récup,
qui concerne le plus souvent le mobilier de base (lit, table,
gazinière, frigo...), quels sont les meubles que ces jeunes
seraient prêts à acheter neufs, quitte à consentir
un gros effort financier ?
En tête des
réponses et à égalité, la télé
et la chaîne hi-fi. Pour Anne, secrétaire de 26 ans,
la télé est même lobjet le plus important
dans son appartement. Celui dont elle ne pourrait se passer à
aucun prix.
"Jhabite
seule et la télé, cest une grosse présence.
Du coup jai pas besoin de chaîne, avec la télé
ça suffit. Je viens den acheter une neuve, à
crédit, parce que celle que ma soeur mavait donnée
était foutue."
Idem pour Frédérique, standardiste de 23 ans, pour
qui "la télé est un souhait général :
tout le monde souhaite lavoir. Même une de 36 cm."
Je ne pourrais
pas vivre sans musique...
On constate souvent
que ceux qui souhaitent la télé peuvent se passer
dune chaîne hi-fi et réciproquement...
"Moi, je pourrais
pas vivre sans musique, nous dit Tony, étudiant de 22 ans,
alors que la télé, jen veux pas". Dans
tous les cas, même si la télé ou la chaîne
ne font pas le bonheur, elles y contribuent largement. "Le
seul truc que jai acheté avec mon fric, cest
un magnétophone. Le reste, mes parents me lont donné
ou acheté. Mais ça, cest vital."
Des efforts financiers
qui iraient donc prioritairement vers des objets de loisir. Installés,
pour la plupart, de bric et de broc, ces jeunes sont prêts
à payer le prix pour sévader.
Un mobilier kleenex,
acquis dans lurgence...
Même si le mobilier
dont ils disposent leur convient, la plupart des jeunes ne se
voient pas avec dans 10 ou 20 ans. Pour presque tous, il sagit
dun mobilier kleenex, acquis dans lurgence et dont
ils se déferont plus tard.
Selon quon récupère
un objet, quon lachète ou quon en hérite,
il y a différentes façons denvisager le temps.
Pour tous ces jeunes, le temps des études, des petits boulots
et des vaches maigres (quand elles ne sont pas folles), est symbolisé
par ce mobilier.
"Plus tard, il
y aura une grande différence avec maintenant. Fini le mobilier
de studio. Jaurai des meubles rustiques, sobres, en merisier."
(Laetitia, 23 ans, étudiante). Exit
les bouts de ficelle et bienvenue à la super cuisine encastrée
style "Kagivo", "séparée des autres
pièces (pour les odeurs)".
Les temps changent
et, comme le dit si bien Frédérique : "On évolue,
la maison, il faut quelle devienne aussi belle que la personne,
ça va ensemble."
(1) 20 jeunes de
20 à 26 ans ont été interviewés par
nos soins afin de réaliser cet article : 13 étudiants,
5 jeunes travailleurs, 2 chômeurs.
(2) IPEA, Bruno Muret,
"Les différents modes dacquisition des meubles",
mai 96.
Marie-Hélène
Branciard , Planète
Spook N°1, Octobre 96. Dossier
"Habitat & tranches de vie".
Retour
aux Publications.
|