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TEMPS QU'ON A LA SANTE
Du
thym brûlé par les Grecs pour attirer la faveur
des dieux au blé germé antidépresseur des
naturopathes, 20 siècles nous contentent...
Iridologie,
naturopathie, radiesthésie, astrologie, alchimie... une
médecine non apprivoisée se déchaîne
encore à lombre de lautre...
A chaque époque ses croyances et ses remèdes... Une chose est sûre en tous cas, à lheure actuelle, loin de disparaître, les médecines "sauvages", parfois à la limite de la sorcellerie, nont pas dit leur dernier mot.
N°2 au top 50 des médicaments : le poulet !
Selon Thobie Nathan, auteur avec Isabelle Stengers de "Médecins et sorciers" (1) le médicament aujourdhui le plus employé de par le monde serait, non pas laspirine mais... la prière. Juste derrière et qui rafle aisément la deuxième place : le poulet ! "Cest extraordinaire le nombre de poulets qui sont tués chaque jour dans le seul but de venir en aide à des humains en souffrance. Malgré linsistance fanatique des pensées médicales déferlant sur le monde, les populations continuent à se soigner de la sorte."
Des expériences récentes montrent dailleurs limportance des remèdes placebo ; ces substances qui nont souvent aucun effet sur lorganisme mais qui sont dune redoutable efficacité psychologique. Selon une récente enquête publiée dans le magazine Eurêka (2), "35% des médi-caments actuellement vendus sapparenteraient à des placebos."
La solution est ailleurs...
La profusion de médecines parallèles, différentes, douces, naturelles... prouve également ce besoin de chercher ailleurs - dans le passé ou dans dautres cultures - les solutions daujourdhui. "Si les médecines alternatives proposent un autre rapport à la maladie et dautres modes de soin, leur séduction réside aussi dans le fait quelles sont riches de représentations et de croyances sur lêtre humain et le sens de lexistence. Le strict cadre de la santé est dépassé." (3)
Il ny a que la foi qui sauve...
Inspirés par Dieu, les dieux ou Satan lui-même, les remèdes miracles nont jamais été vus dun très bon oeil. Les wagons de sorcières brûlées en plein siècle des encyclopédistes en attestent. En recourant ouvertement à la magie, elles ne faisaient rien de moins "quagir sur loeuvre de Dieu par des moyens qui ne pouvaient venir que du maître de lenfer." (4)
Dans un ouvrage sur lHistoire du corps idéal, le Docteur Tran Ky nous décrit les "substances diaboliques" concoctées par ces fameuses sorcières :
"Mathurin Régnier, théologien et grand démonologue devant léternel, visitant le repaire infâme dune sorcière à la fois prostituée et avorteuse, découvre un arsenal édifiant qui a fait trembler deffroi les juges, les suppliciés et les bourreaux : un petit sac tout plein de poudre de Mercure, des tisons de feu de la Saint Jean, du sel, du pain bénit, de la fougère, un cierge, trois dents de morts, pliées dans du parchemin vierge, une chauve-souris, la carcasse dun geai, de la graisse de loup et du beurre de mai."
Lorsque tout échoue, on fait simplement appel au diable... (qui ne demande d'ailleurs quà rendre service.)
De tels procédés existent encore de nos jours. Même sils ne sont pas toujours aussi "exotiques" et sil est de plus en plus difficile de se procurer les matières premières adéquates, on peut en retrouver lesprit dans certaines thérapies actuelles. "Thérapies dites "ésotériques" qui sont plus apparentées à des sectes médicales qui quêtent le salut, quà des médecines ayant un projet strictement préventif ou thérapeutique."(3)
Le label des Maristes
Plus sympathiques mais toujours amusants, les remèdes "miracles" qui soignent tout et même le reste. Très en vogue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ils exhibent quant à eux le label de tel ou tel ordre religieux pour convaincre. Un peu comme certains camemberts daujourdhui...
La publicité parue dans la Nouvelle Bourgogne du 2 octobre 1896 pour une solution de Bi-phosphate de chaux des frères Maristes de Saint-Paul en est un très bon exemple :
"Cette solution est employée avec succès pour combattre les Scrofules, la Débilité générale, le Ramollissement et la Carie des os, les Bronchites chroniques, les Catarrhes invétérés, la Phtisie tuberculeuse à toutes les périodes. Elle est recommandée aux enfants faibles, aux personnes débiles et aux convalescents. 25 ans de succès - 5 francs le litre."
Avec ou sans philtres...
"Viole de carême" ou "fleurette de mars", la violette était la fleur de prédilection des sorcières pour préparer les très demandés philtres damour. Utilisée dans lantiquité pour des raisons beaucoup plus prosaïques - bronchites ou rhumes - elle est très joliment célébrée, au XIe siècle, par Trotula, la célèbre femme médecin de lEcole de Salerne : "Pour dissiper livresse et chasser la migraine, la violette est souveraine, dune tête pesante elle ôte le fardeau et dun rhume fâcheux délivre le cerveau." (4)
A linstar de la sauge, de la rhubarbe, du pavot et de biens dautres plantes, la violette est encore utilisée de nos jours. Tout comme le thym dailleurs : de celui brûlé par les grecs pour attirer la faveur des dieux à celui vanté par les naturothérapeutes, une même plante saffiche qui nen finit plus de nous livrer ses vertus. Quant au gui, considéré par Panoramix et les autres druides gaulois comme "la plante qui guérit de tous les maux", il a longtemps symbolisé limmortalité. Le fait quil reste vert et continue à pousser sur des arbres complètement desséchés a en effet fortement frappé les imaginations de lépoque.
Utilisé par les druides, il fut plus tard notamment reconnu pour ses vertus intéressantes contre lartériosclérose et lhypertension. "Liscador, une substance isolée du gui, est également encore utilisé, depuis plus dun siècle, contre le cancer." (4)
Un supplément dâme
Au-delà du débat sur lefficacité réelle de ces drôles de médecines, leur existence et lengouement quelles suscitent montrent en tout cas leur importance dans la société actuelle.
Les malades, imaginaires ou non, ont besoin de ce supplément dâme pour croire en leur guérison. Aux scientifiques désormais de souvrir et dintégrer dans leurs recherches lextrême complexité de lêtre humain. En étudiant simultanément biologie et psychologie, en tenant compte du corps mais aussi de lesprit, on y verra peut-être plus clair dans le processus de guérison.
"Il y a là matière à explorer car, comme le dit Jean-Paul Escande, professeur en médecine : "Qui dominera leffet placebo apportera, en médecine, la révolution attendue depuis la révolution pastorienne." (2)
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Marie-Hélène
Branciard, Planète
Spook N°2 - Novembre 1996

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