Scipion, Horace, Titus... et les autres

On connaissait la célèbre "Catarinetta bella" (tchix tchix) d’un Tino Rossi au mieux de sa forme... Dans "L’insulaire", un petit livre plein d’étrangeté, dépaysant au possible, Eugène Manoni nous emmène dans une Corse d’un autre temps. Corse fière, étrange et poétique jusqu’à l’absurdité refusant de se défaire de prénoms aussi encombrants que démodés...

"Aussi violets que l’encre des écoles primaires..."

"Achille, Jean-Baptiste, Ulysse. On aura portés ces prénoms durant des siècles. Ils semblaient inusables. Ils revenaient comme reviennent sur eux-mêmes, aussi violets que l’encre des écoles primaires, les remous de la mer, autour de la Giraglia, un îlot qui tient lieu de chaloupe au Cap Corse. Chaque génération voyait leur résurgence." (1)

Corse tragi-comique aux prénoms et dialogues surréalistes, peuplée de Marc Antoines, de Géromine, d’Annonciade, de Pompeia, de Napoléone ou de Jules-César absolument inconscients de l’énormité de leurs prénoms.


Illustration par Jérome Dérieux

Un Gracchus qu’on appelait "gros cul"...

"Corse défunte où les prénoms les plus illustres ne paraissaient jamais lourds à porter. Quand le grand fond chrétien ne leur suffisait pas, les hommes trouvaient dans la mythologie ou dans l’Antiquité de quoi se draper. J’ai eu pour camarades quelques Titus, un Horace, des Démétrius, deux ou trois Scipion, un Gracchus qu’on appelait "gros cul" (Culone) sans égards pour son obésité, inquiétante à son âge, et même un Anaxagore, mot si ardu à prononcer qu’on l’abrégeait communément en "Nasagore" sans parvenir à lui ôter sa grandeur initiale." (1)

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1) L’Insulaire - Eugène Manoni - Editions de Fallois - Paris - 1991

Marie-Hélène Branciard - Planète Spook N°6 - Avril-Mai 97 - Rubrique "Les Mots".

 

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Illustration ci-contre :
Jérome Dérieux.








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