Découvrez le nouveau Polar de Marie-Hélène Branciard : Les Pixels Morts.
RÉSUMÉ
Paris, 2019.
Nomi, collégienne harcelée, Carole Jourdan, commandante de police en arrêt maladie et Fred, chômeur en fin de droits, se débattent pour reprendre pied.
Sur fond de canicule, d’attentat et d’enlèvement, leurs destins vont se croiser.
D’une séance de psy à un job-dating Pôle Emploi, une marche pour le climat ou un cours de guitare électrique… on suit les déboires de ces personnages, bientôt rejoints par d’autres : Mafalda l’informaticienne surdouée, Storm, le facteur lanceur d’alerte,
Roberta, la coiffeuse… tous solidaires pour déjouer les plans de mystérieux kidnappeurs.
EXTRAITS
En attendant sa publication, vous pourrez découvrir quelques extraits du polar :
• NOMI - Rue de Picpus, Paris 12e, 21 mai 2019, 7 h 30
Le temps a changé d’avis. Là-haut, le vent se lève, le fond d’écran switche sur un ciel délavé, de petits nuages pâles se sauvent à tire-d’aile. Nomi enlève sa capuche. Elle fonce. Le trottoir est glissant, ses nouvelles bottes ripent. Noires, talons carrés, boucles en argent sur lesquelles le soleil cliquette. Elle compte sur elles pour impressionner Juliette, sans y croire vraiment…
Tu parles comme elle s’en tape de tes bottes !
Elle accélère quand même. Le jeudi, Juliette est toujours là, TOUJOURS. Belle et moqueuse, son sourire l’affiche. Elle discute avec d’autres terminales qui commencent les cours plus tard. Regard mi-blasé, mi-distrait, pour mater mine de rien, Nomi n’en perd pas une miette. Et toutes ces miettes, elle les range dans un coin de sa tête. À moins qu’une souris de l’espace vienne les grignoter, elle gardera ce trésor en elle.
Elle ralentit devant la boutique de fringues de poufs avec sa porte miroir. Dans ses écouteurs Chilla1 s’imagine en keum. Elle monte le son. Si j’étais un homme… j’pisserais contre les murs Je draguerais les daronnes, les ados, les nonnes et les putes Permis d’m’envoyer en l’air, valable sur la Terre entière… La tête de sa mère quand elle a entendu cette chanson ! Nomi reprend le refrain tout bas Si j’étais un homme, ah ah ouh Si j’étais un homme, ah ah ouh… Ça la fait sourire cette histoire. Et elle, si elle était un garçon… est-ce que Juliette craquerait pour elle, enfin pour lui ? Qui sait ? Mais elle n’a pas envie d’être un homme. C’est réglé. Elle veut que Juliette l’aime telle qu’elle est. Et ouais, c’est comme ça. Une cause perdue qui se complaît dans sa perdition. Elle admire à nouveau ses bottes, leurs talons à peine biseautés qui la grandissent d’au moins trois centimètres. C’est toujours ça. Les boucles sont vraiment classes. Elle s’attendait à une réflexion de sa mère, mais rien. Même pas son éternel « Tu ne comptes pas sortir comme ça j’espère ? ». Depuis son outing, pas un mot plus haut que l’autre. Liliane se contente de regards désapprobateurs ou dégoûtés. Les engueulades lui manquent presque. Elle a essayé d’en faire une chanson pour décompresser, mais rien n’est sorti. Si, il y a bien eu ce rap débile. Elle l’a lu à Tof et ça l’a fait marrer. Elle le fait tourner dans sa tête. Tu m’fais Honte Quand j’vois tes fringues de Mec Tu m’fais Honte J’ai la rage qui Monte Tu m’fais Honte Non, mais Ta vu tes Pompes ?! Comme tu t’las racontes !
(1) Si j’étais un homme – Chilla – Album Karma (2017).
• FRED - Boulevard de Belleville, Paris 20e, 15 mai 2019, 14 h
Bizarre de le croiser là, à la sortie du Carrefour Market, avec son panier dans lequel il a récolté une pizza et un pack de bière. Fred s’avance doucement derrière Kévin Berkovic, son conseiller Pôle Emploi. Il pointe un index contre son dos, comme si c’était un flingue.
— Bouh !
Quel plaisir de le voir sursauter ! Brave Kévin, tout jeune, le crâne recouvert d’un duvet blond qui se parsème déjà, calé dans son costume bleu république et ses chaussures pointues. Il le revoit derrière son petit bureau qui suait sang et eau pour lui trouver un boulot, une formation, n’importe quoi qui le ferait sortir de leurs statistiques. Le pauvre garçon, comme il s’en était vu.
— Je vous ai fait peur ? il demande avec un sourire hilare.
— N… Non… non, non !
— Tant mieux alors ! Bonne journée Monsieur Berkovic.
Il part en boitant, la démarche un peu plus légère après cette minuscule vengeance. Fini Pôle Emploi, finis les ateliers CV, ces séances qui le rendaient aussi honteux qu’un alcoolique anonyme. Avec à chaque fois, les mêmes acteurs : un formateur à bout de course, encore plus désolé qu’eux de se trouver là, le ou la lèche-botte qui n’a pas compris que ça ne sert à rien de se faire bien voir, le chieur ou la chieuse qui se drape dans son complexe de supériorité, un ou une paumée qui passe des plombes à chiader la rubrique Centres d’intérêts, comme si jouer au tennis ou aller au ciné allait compenser le vide de son parcours… Une mini société, aussi délabrée que la vraie, reconstituée dans une salle basse de plafond, sans fenêtre, nettoyée une ou deux fois par an, avec pour objectif de dépasser les points de blocage et retrouver confiance en soi. Fred soupire de soulagement. Putain ! Finies aussi les présentations en sept minutes. Ouais, sept minutes à peine pour casser la baraque dans leurs job dating. Un exercice censé ouvrir toutes les portes que Fred maîtrisait plutôt pas mal. Il s’était appliqué à se présenter en cinq points : identité, formation, expérience, compétences, projet. Mais en voyant sa dégaine bancale et en découvrant son parcours – trop expérimenté, trop cher, trop potentiellement rebelle - les éventuels employeurs ne l’écoutaient même pas jusqu’au bout, à peine polis, vaguement désolés.
Et il n’avait pas connu le pire. Juste avant de quitter l’ex-ANPE, il avait été sollicité pour une nouvelle expérience. Au début il avait cru à une blague. Mais non, ils avaient bel et bien organisé une session de recrutement dans le noir. Fred regrette presque d’avoir raté ça. Oui, ça l’intrigue cette idée piquée à un jeu de téléréalité. Sortons des sentiers battus ! disait la convocation. Dans l’obscurité, dos à dos, yeux bandés, une nouvelle façon de se rencontrer, pour un même objectif : dépasser le CV ! L’entretien à l’aveugle vous donnera une belle assurance et l’employeur accordera plus d’importance à ce qu’il entend.
Ces mecs sont des fous furieux ! Chaque jour ils se mettent au taf pour trouver une idée encore plus débile que la veille. Ils lui donnent un nom nouveau, si possible en anglais et ils ont l’impression d’être de véritables révolutionnaires. Petites crottes embarquées dans cette galère, les chômeurs font profil bas. Une critique, un refus… et ils disparaissent pour toujours des fameuses statistiques.
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Les Pixels Morts – Marie-Hélène Branciard – Ouvrage de 320 pages, format 14 x 21 cm – Prix public : 18 € (15€ en prévente sur Ulule) – ISBN : 978-2-9585073-0-5 • Sortie en novembre 2022
Cliquer ICI pour voir le projet sur le site Ulule et découvrir les contreparties.
