Des nouvelles du futur
pour mieux comprendre notre présent. A chaque numéro de Planète Spook correspond un épisode sur le thème du dossier : le logement, la santé, les transports, la musique, le sport... Tout se passe en 2612 où le temps semble s'être arrêté...



- N°1 - Dossier Habitat : "Les charentaises de l'espace".
- N°2 - Dossier Santé : "Un monde farpait".
- N°3 - Dossier La Fête : "La plus belle pour aller danser".
- N°4 - Dossier Sport : "Sur le parking des anges".
- N°6 - Dossier Argent : "Yoboland, l'enfer du jeux".
- N°7 - Dossier Transport : "Le temps retrouvé".
- N°8 - Dossier Ecriture : "Sésame, ferme-la !".
- N°9 - Dossier Bouffe : "La fin des haricots".
- N°10 - Dossier Temps de Travail & Loisirs : "Les gardiens du temps".
- N°11 - Dossier Mode : "Biscotte, l'avatar raté".
- N°12 - Dossier Musiques actuelles : "Le mal de vivre".
- N°13 - Dossier Vivre à l'étranger : "Recherche Biscotte désespérément".
- N°14 - Dossier Droits des jeunes : "Les droits dans le nez".
- N°15 - Dossier BD : "Bob Palmer mène l'enquête".

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Les charentaises de l'espace

Extrait : "Ça faisait la troisième fois en une heure que cet abruti de frigo venait me taper sur l’épaule pour me proposer à manger... "Pffffff... Non, j’ai déjà mangé ! MER-CI !" Le pire, c’est qu’il était ultra susceptible Monsieur le Frigo. Il fallait lui parler gentiment sinon il allait faire la gueule et m’empoisonner la vie pendant des semaines...

Ça commençait à me courir sérieusement tous ces objets qui se détraquaient les uns après les autres. On avait beau être en 2612, des fois j’avais l’impression de vivre en pleine préhistoire de l’électroménager ! Ça me faisait penser à ces vieux films qui passaient au musée clandestin du cinématographe : Brazil, Blade Runner, Greemlins... Toutes ces histoires où tout se déglinguait et qui décrivaient soi-disant le futur. C’est vrai qu’ils n’étaient pas toujours très loin de la vérité... Y avait E.T. aussi, un extraterrestre triste et tout fripé qui réclamait sans arrêt sa maison. Ah, c’était le bon temps, l’époque où l’on pouvait encore se perdre dans l’univers. Aujourd’hui, macache ! Avec les micro-puces greffées à même la peau, chacun se trouve implacablement au centre de l’univers, connecté irrémédiablement au Cyber System. Bienvenue à Alphaland, la deuxième hyper-ville de l’univers, le meilleur des meilleurs des mondes selon Big Alpha ! Finie la rigolade : tout est numérisé, régulé, lisse et planifié. On communique tous vers tous sans voyager, on "télé-travaille" sans quitter notre "smart-room" et on contrôle ce qu’on peut d’où on peut. Aujourd’hui, comme vous le disiez si bien hier : "c’est déjà demain !"

Un monde farpait

Extrait : Médecin sur le "Oueb", voilà où ils voulaient me caser... "Ils", c’était l’Ordre des Cyber Toubibs, une organisation chargée de recycler les docteurs en tous genres qui se retrouvaient sans emploi. Manque de pot pour l’Ordre et heureusement pour moi, il restait quelques lopins de liberté sur cette planète : j’ai déserté.

2612, la terre tourne toujours dans le même sens - ça ne va pas durer -, plus aucune maladie n’existe, nos corps sont parfaits et presque tous identiques... Un certain Docteur Filgoud a définitivement résolu le problème des microbes. Au lieu de les supprimer, il a eu l’idée géniale de les domestiquer ! Ils sont pris en charge par des "anticor-matons" qui les orientent vers une action pacifique... Bref, vous allez me dire : "exercer la profession de médecin dans un monde pareil, ça frôle l’anachronisme...". Vous n’auriez pas tort. Seulement, ce que vous ne savez pas, c’est que je suis un médecin du temps ; je me ballade d’un siècle à l’autre, ma trousse en bandoulière pour soigner ceux qui en ont vraiment besoin.

La plus belle pour aller danser

Extrait : Une lune rose fushia surplombait la terrasse, vaste esplanade peuplée des avatars d’un millier au moins d’individus trop frileux pour se risquer eux-mêmes dans ces fêtes gigantesques du nouvel an.

Comme presque tout le monde, j’étais là sans y être. Zelda s’éclatait, arborant mon sourire, mes fringues, se démenant, dansant, buvant et se téléportant d’un bout à l’autre de la soirée sans que je bouge le moindre orteil. Et alors ?! Quelle importance d’être vraiment quelque part quand on pouvait ressentir exactement la même chose avec le risque en moins... De toute façon, j’avais passé l’âge et l’amour du risque. Marre de ces réveillons à perpèt’ les étoiles ! Marre des expéditions temporelles et du décalage séculaire qui vous laissait à plat pendant plusieurs mois ! Pas de pannes d’astronef, ni de gueule de bois... J’avais bien un peu hésité devant le dernier truc à la mode : un réveillon sur Spook, une drôle de Planète qu’on venait de découvrir. Mais non... Cette année, j’avais choisi de rester peinarde à étrennerle dernier truc en vogue : le wonder-miroir.

Sur le parking des anges

Extrait : "ETAZUNIS – 2020 - Siècle XXI - La Terre - Banlieue de Los Angeles - Des immeubles en ligne, comme des barbelés, béton noir sur fond bleu gris - Lieu "hors jeu" où paradoxalement celui-ci bat son plein... Une à une des silhouettes souples s'extirpent en sprintant des bunkers. Survivants aux costumes étranges, sportifs mutants perdus dans des armures d'étoffe grise sur des muscles en lycra - Sur tous les "sweet", une drôle d'inscription : "For ever Magic Johnson" - Les dribbleurs minuscules tracent d'infimes trajectoires d'or dans le ciel d'apocalypse - Un soleil orange domestiqué rebondit de l'un à l'autre : dunk, dunk, dunk..."

Depuis 6 mois qu'elle avait été envoyée en mission spéciale aux 4 coins du temps, Scottie B52 venait enfin de piger… Elle arrivait d'un autre temps, celui d'Alpha Land, le "meilleur des meilleurs des mondes" où, depuis plusieurs siècles, toute trace du passé avait été soigneusement gommée... En 2612, on venait pourtant de comprendre que l'oubli ne faisait pas le bonheur et que le présent ou le futur ne pouvaient exister qu'en tenant compte du passé... Une vingtaine d'agents temporels avaient donc été propulsés dans l'espace temps. Leur mission : étudier les comportements des humains d'hier et en tirer des conclusions pour redonner un peu de joie de vivre aux Alphands...

Scottie rédigeait son rapport, se laissant un peu emporter par l'étrange poésie du lieu. Sur cette terre dévastée du début du XXIème siècle, elle n'en revenait pas de la rage de vivre des Étazuniens. A Alphaland, tout était bien plus facile, plus plaisant… plus spectaculaire surtout ! Jamais on n'aurait vu une poignée de gosses jouer de cette façon avec un pauvre ballon sur un parking désaffecté...

Yoboland, l'enfer du jeu

Extrait : Scotty B 52 venait de se téléporter sur cette minuscule planète grise, ce tas de boue anthracite posé là, en dehors du temps et qu'on appelait Yoboland. De la poussière flottait ici et là, comme sur l'eau croupie d'un aquarium rond et triste. Un aquarium qui abritait de drôles de poissons : une centaine de voyous de l'espace qui se remplissaient les poches en circulant impunément d'une époque à l'autre...

Tout avait commencé avec ce rapport étonnant de Zelda W23, une correspondante d'Alphaland...
Zelda avait été envoyée depuis peu en 1980 où elle était chargée d'observer cette fin du XXème siècle et de remettre régulièrement des rapports aux instances dirigeantes d'Alphaland. Là, elle avait décelé un drôle de trafic : des sommes très importantes disparaissaient régulièrement du stock monétaire mondial et bouleversaient radicalement le système économique...

Le temps retrouvé

Extrait : Un petit nuage bleu survolait Solariette, une toute petite
étoile qui tournait si vite qu’on prenait sur elle de drôles de couleurs. C’était le must : tout Alphand digne de ce nom allait s’y faire colorer, une ou deux fois par an. Ça donnait des résultats tellement rigolos que le bronzage d’antan avait été complètement évincé. Les Alphands frimaient, roses fuchsia avec des étoiles grises, verts kaki parsemés de poudre d’or, à pois, à carreaux ou à rayures, ils repartaient sur Alphaland gonflés à bloc !

Solariette donnait de belles couleurs aux gens gentiment et l’on s’y sentait bien, tellement bien que j’avais décidé de m’y installer pour l’été. Marre des missions débiles commanditées par un Alpha big boss complètement déjanté. J’en pouvais plus ! Cela faisait bien deux ou trois ans que je partais presque sans interruption aux quatre coins du temps. J’en devenais marteau. A ma dernière expédition, j’avais demandé son E-Mail à un guerrier de l’empire Shang et commandé du jus de Salsepareille dans un Cyber-bar du fin fond de l’an 2000 ! Les époques se télescopaient dans ma petite tête et, comme tous les autres agents, je "profitais" des erreurs du ministre du temps perdu...

Sésame, ferme la !

Extrait : "Je ne connais plus Per-Sonn’ sur ma Re-Ming-Ton ! Je n’reconnais plus personn’..." Ouf ! Comme c’était agréable de taper sur cette machine muette et de pouvoir enfin l’ouvrir ! Cette mission dans les années 50 du XXème siècle tombait pil-poil ! Ici, tout était calme, silence et simplicité : la chaise ne parlait pas, mes chaussettes tirbouchonnaient en paix et la fenêtre s’ouvrait sur un ciel tout gris de la plus belle espèce...

Marre de leurs ciels préenregistrés avec leurs couchers de soleil Hawaïens à longueur d’année ! Marre des jacassements incessants de tous ces objets mal élevés... Eh oui, dans la vraie vie, le ciel pouvait virer du gris au noir en ne passant que très très rarement par le rose fushia. Ici, on pouvait se coincer le doigt dans une vieille Remington pourrie et l’insulter tout son saoul sans qu’elle émette le moindre son... Sur Alphaland, TOUT parlait. C’est bien simple, du slip au presse-purée en passant par les stylos, les chaussettes, les parapluies... il fallait tous qu’ils ramènent leur grain de sel !
Et ce n’était pas un hasard : l’efficacité du système reposait évidemment là-dessus. Il était presque impossible de se concentrer plus de trois secondes. Quand ce n’était pas votre chaussette qui vous demandait de la remonter (allez savoir pourquoi...), c’était au tour de la brosse à dent de se faire remarquer. En l’occurence, ça faisait la 257ème brosse à dent qui passait par la fenêtre (et qu’un voisin idiot me ramenait). Enfin bref, les instances dirigeantes avaient bien négocié leur coup : la plupart des alphands frôlaient l’analphabétisme...