Un
monde farpait
Extrait : Médecin sur le "Oueb",
voilà où ils voulaient me caser... "Ils",
cétait lOrdre des Cyber Toubibs, une
organisation chargée de recycler les docteurs en
tous genres qui se retrouvaient sans emploi. Manque de pot
pour lOrdre et heureusement pour moi, il restait quelques
lopins de liberté sur cette planète : jai
déserté.
2612, la terre tourne toujours
dans le même sens - ça ne va pas durer -, plus
aucune maladie nexiste, nos corps sont parfaits et
presque tous identiques... Un certain Docteur Filgoud a
définitivement résolu le problème des
microbes. Au lieu de les supprimer, il a eu lidée
géniale de les domestiquer ! Ils sont pris en charge
par des "anticor-matons" qui les orientent vers
une action pacifique... Bref, vous allez me dire : "exercer
la profession de médecin dans un monde pareil, ça
frôle lanachronisme...". Vous nauriez
pas tort. Seulement, ce que vous ne savez pas, cest
que je suis un médecin du temps ; je me ballade dun
siècle à lautre, ma trousse en bandoulière
pour soigner ceux qui en ont vraiment besoin.

La
plus belle pour aller danser
Extrait : Une lune rose fushia surplombait la terrasse,
vaste esplanade peuplée des avatars dun millier
au moins dindividus trop frileux pour se risquer eux-mêmes
dans ces fêtes gigantesques du nouvel an.
Comme presque tout le monde,
jétais là sans y être. Zelda séclatait,
arborant mon sourire, mes fringues, se démenant,
dansant, buvant et se téléportant dun
bout à lautre de la soirée sans que
je bouge le moindre orteil. Et alors ?! Quelle importance
dêtre vraiment quelque part quand on pouvait
ressentir exactement la même chose avec le risque
en moins... De toute façon, javais passé
lâge et lamour du risque. Marre de ces
réveillons à perpèt les étoiles
! Marre des expéditions temporelles et du décalage
séculaire qui vous laissait à plat pendant
plusieurs mois ! Pas de pannes dastronef, ni de gueule
de bois... Javais bien un peu hésité
devant le dernier truc à la mode : un réveillon
sur Spook, une drôle de Planète quon
venait de découvrir. Mais non... Cette année,
javais choisi de rester peinarde à étrennerle
dernier truc en vogue : le wonder-miroir.

Sur
le parking des anges
Extrait :
"ETAZUNIS 2020 - Siècle
XXI - La Terre - Banlieue de Los Angeles - Des immeubles
en ligne, comme des barbelés, béton noir sur
fond bleu gris - Lieu "hors jeu" où paradoxalement
celui-ci bat son plein... Une à une des silhouettes
souples s'extirpent en sprintant des bunkers. Survivants
aux costumes étranges, sportifs mutants perdus dans
des armures d'étoffe grise sur des muscles en lycra
- Sur tous les "sweet", une drôle d'inscription :
"For ever Magic Johnson" - Les dribbleurs minuscules tracent
d'infimes trajectoires d'or dans le ciel d'apocalypse -
Un soleil orange domestiqué rebondit de l'un à
l'autre : dunk, dunk, dunk..."
Depuis 6 mois qu'elle avait
été envoyée en mission spéciale
aux 4 coins du temps, Scottie B52 venait enfin de piger
Elle arrivait d'un autre temps, celui d'Alpha Land, le "meilleur
des meilleurs des mondes" où, depuis plusieurs siècles,
toute trace du passé avait été soigneusement
gommée... En 2612, on venait pourtant de comprendre
que l'oubli ne faisait pas le bonheur et que le présent
ou le futur ne pouvaient exister qu'en tenant compte du
passé... Une vingtaine d'agents temporels avaient
donc été propulsés dans l'espace temps.
Leur mission : étudier les comportements des humains
d'hier et en tirer des conclusions pour redonner un peu
de joie de vivre aux Alphands...
Scottie rédigeait son
rapport, se laissant un peu emporter par l'étrange
poésie du lieu. Sur cette terre dévastée
du début du XXIème siècle, elle n'en
revenait pas de la rage de vivre des Étazuniens.
A Alphaland, tout était bien plus facile, plus plaisant
plus spectaculaire surtout ! Jamais on n'aurait vu une poignée
de gosses jouer de cette façon avec un pauvre ballon
sur un parking désaffecté...

Yoboland,
l'enfer du jeu
Extrait
: Scotty B 52 venait de se téléporter sur
cette minuscule planète grise, ce tas de boue anthracite
posé là, en dehors du temps et qu'on appelait
Yoboland. De la poussière flottait ici et là,
comme sur l'eau croupie d'un aquarium rond et triste. Un
aquarium qui abritait de drôles de poissons : une
centaine de voyous de l'espace qui se remplissaient les
poches en circulant impunément d'une époque
à l'autre...
Tout avait commencé
avec ce rapport étonnant de Zelda W23, une correspondante
d'Alphaland...
Zelda avait été envoyée depuis peu
en 1980 où elle était chargée d'observer
cette fin du XXème siècle et de remettre régulièrement
des rapports aux instances dirigeantes d'Alphaland. Là,
elle avait décelé un drôle de trafic
: des sommes très importantes disparaissaient régulièrement
du stock monétaire mondial et bouleversaient radicalement
le système économique...

Le
temps retrouvé
Extrait : Un petit nuage bleu survolait Solariette,
une toute petite étoile qui
tournait si vite quon prenait sur elle de drôles
de couleurs. Cétait le must : tout Alphand
digne de ce nom allait sy faire colorer, une ou deux
fois par an. Ça donnait des résultats tellement
rigolos que le bronzage dantan avait été
complètement évincé. Les Alphands frimaient,
roses fuchsia avec des étoiles grises, verts kaki
parsemés de poudre dor, à pois, à
carreaux ou à rayures, ils repartaient sur Alphaland
gonflés à bloc !
Solariette donnait
de belles couleurs aux gens gentiment et lon sy
sentait bien, tellement bien que javais décidé
de my installer pour lété. Marre
des missions débiles commanditées par un Alpha
big boss complètement déjanté. Jen
pouvais plus ! Cela faisait bien deux ou trois ans que je
partais presque sans interruption aux quatre coins du temps.
Jen devenais marteau. A ma dernière expédition,
javais demandé son E-Mail à un guerrier
de lempire Shang et commandé du jus de Salsepareille
dans un Cyber-bar du fin fond de lan 2000 ! Les époques
se télescopaient dans ma petite tête et, comme
tous les autres agents, je "profitais" des erreurs
du ministre du temps perdu...
Sésame,
ferme la !
Extrait
: "Je ne connais plus Per-Sonn sur ma Re-Ming-Ton
! Je nreconnais plus personn..." Ouf !
Comme cétait agréable de taper sur cette
machine muette et de pouvoir enfin louvrir ! Cette
mission dans les années 50 du XXème siècle
tombait pil-poil ! Ici, tout était calme, silence
et simplicité : la chaise ne parlait pas, mes chaussettes
tirbouchonnaient en paix et la fenêtre souvrait
sur un ciel tout gris de la plus belle espèce...
Marre
de leurs ciels préenregistrés avec leurs couchers
de soleil Hawaïens à longueur dannée
! Marre des jacassements incessants de tous ces objets mal
élevés... Eh oui, dans la vraie vie, le ciel
pouvait virer du gris au noir en ne passant que très
très rarement par le rose fushia. Ici, on pouvait
se coincer le doigt dans une vieille Remington pourrie et
linsulter tout son saoul sans quelle émette
le moindre son... Sur
Alphaland, TOUT parlait. Cest bien simple, du slip
au presse-purée en passant par les stylos, les chaussettes,
les parapluies... il fallait tous quils ramènent
leur grain de sel !
Et ce nétait pas un hasard : lefficacité
du système reposait évidemment là-dessus.
Il était presque impossible de se concentrer plus
de trois secondes. Quand ce nétait pas votre
chaussette qui vous demandait de la remonter (allez savoir
pourquoi...), cétait au tour de la brosse à
dent de se faire remarquer. En loccurence, ça
faisait la 257ème brosse à dent qui passait
par la fenêtre (et quun voisin idiot me ramenait).
Enfin bref, les instances dirigeantes avaient bien négocié
leur coup : la plupart des alphands frôlaient lanalphabétisme...