Les
gardiens du temps
Extrait
: "Javais été
libre autrefois... Libre de retrouver dans ma mémoire
les moments de ma vie. Aujourdhui,
tout a disparu... "
Ils étaient des centaines
dans ce cas. Débarqués sur Alpha Land dans
le plus grand secret, on les retrouvait ici ou là,
vêtus de frusques dun passé assez improbable
avec ce regard vide et affolé des amnésiques...
Détachée sur cette mission par Big Alpha,
jétais chargée de résoudre, dans
la plus grande discrétion, lénigme des
mémoires disparues. Zelda W23 était également
sur le coup et nous avions ordre de mener ensemble cette
enquête un peu spéciale...
Cétait vraiment
étrange : habillés en ouvriers de la révolution
industrielle, ils "atterrissaient" sur Alpha Land
avec un petit pois en guise de mémoire et cette sensation
dêtre "enfermés" ; davoir
perdu la liberté daller et venir dans leur
petite tête...

Biscotte,
l'avatar raté
Extrait : "Biscotte
a contente... ici... eu veu pas partir... jamais !"
Biscotte, la charmante Biscotte, venait de sexprimer
et je contemplais, horrifiée, ce reflet monstrueux
de moi-même... Trois fois plus grosse que moi, avec
un nez deux fois plus long, un regard trouble, des fringues
cauchemardesques et une élocution digne dun
enfant de trois ans, elle me ressemblait cependant dune
façon étonnante !
Tout avait commencé
de façon très amusante : je venais de fêter
mes 137 ans et cet abruti de Storm, un ami SCF, navait
rien trouvé de plus spirituel que de moffrir
le dernier gadget à la mode : lavatar raté.
"Lavatar raté" était apparu
en 2610. Il y avait dabord eu le simple avatar, un
clone de soi-même que lon pouvait se procurer
dans nimporte quelle boutique de clones. Les Alphands
sen étaient entichés pendant un an ou
deux et puis le soufflé était retombé...
Certains trouvaient ça pratique ou distrayant. Ils
pouvaient vous remplacer au pied levé pour nimporte
quelle réception casse-pieds, jouer le partenaire
pour une partie de cartes ou, plus simplement, éplucher
quelques "rutaboulettes"...

Le
mal de vivre
Extrait
: Un tempologue... Il fallait que jemmène
cette pauvre Biscotte toute déprimée
chez un tempologue ! Cest Storm qui mavait donné
ce conseil. Daprès lui, elle aurait tout simplement
le mal... du temps.
Il
était plutôt bien placé pour le savoir
puisque cest lui qui avait eu
la géniale idée de moffrir cet "avatar
raté"...
Dabord
perturbée par la présence de cette drôle
de personne, javais fini par me faire une raison et
je métais organisée pour que tout se
passe bien avec elle...Cest
seulement au bout de trois ou quatre mois que javais
senti les signes avant-coureurs de la dépression
biscotienne. Son élocution qui saméliorait
de jour en jour avait soudainement régressé.
Elle restait de longues heures à regarder les ciels
formatés dAlphaland ; les couchers de soleils
paradisiaques et autres azurs pétillants censés
nous rendre parfaitement heureux... Ça avait plutôt
lair de la déprimer et, à chaque fois,
elle me rappelait ce petit extraterrestre que javais
vu dans un film du XXème siècle et qui réclamait
doucement sa maison...

Recherche
Biscotte désespérément
Extrait : Biscotte avait
fugué ! Fascinée par mon "Pass-Temps",
elle sen était emparée pour filer en
douce dans je ne sais quelle époque... Javais
commis une grave négligence en le laissant traîner
et je pouvais désormais mattendre au pire :
ne plus jamais la récupérer sur Alphaland...
Létat
de Biscotte, son désir si fort de savoir doù
et de quand elle pouvait bien venir avaient évidemment
motivé son geste. Kidnappée dans une époque
indéfinissable par des pirates de lespace,
elle avait de plus en plus souvent le mal du temps... Dès
que javais un moment de répit, elle me demandait
de lui raconter ce que javais vu là-bas...
A quoi ressemblait les vénusiens, comment shabillaient
les Troglodytes ou sil était vrai que Alf lextraterrestre
mangeait les chats à chaque nuit de pleine lune...Je
ne métais pas méfiée ; cette
façon de la faire voyager elle aussi mavait
même semblé judicieuse : ça lui donnait
les clés qui ouvriraient peut-être les portes
de sa mémoire... Et puis, ça avait au moins
le mérite de lui changer les idées. Mais bon,
jaurais dû penser à la tentation que
représentait mon "Pass-Temps"...

Les
droits dans le nez
Extrait
: La roue tournait... Tant et si bien que les pires atrocités
se répétaient joyeusement dun millénaire
à lautre... Un bref séjour dans le XXIVème
siècle terrien venait de me le confirmer. Big Alpha,
maître absolu du "meilleur des meilleurs des
mondes", venait en effet de menvoyer en 2338
avec pour ordre de mission de mettre un terme au plus violent
génocide de tous les temps... Rien que ça
!
Je
débarquais donc en 2338 avec une responsabilité
dont je me serais bien passée ! Les droits de lhomme
(au sens strict) étaient en effet clairement bafoués
dans cette enclave de temps. Amnesty Interstellaire, qui
intervenait dans toutes les dimensions de lunivers,
faisait régulièrement appel à nos services
pour résoudre ce genre de situations. Avec
ce que nous avions vu, entendu et ressenti, javais
dailleurs limpression que plus rien ne pourrait
encore métonner. Je me trompais : ce qui se
passait en ces années là était dune
bizarrerie particulièrement exceptionnelle...
Face à la surpopulation, les autorités avaient
imposé une régulation des naissances. En clair
: chaque couple navait droit quà un enfant.
Sil en voulait un deuxième, il devait alors
sacquitter dune amende égale à
24 mois de salaire.
Jusque-là, hélas, rien détonnant
: javais déjà rencontré cette
situation dans la Chine du XXème siècle...
Ce qui était nouveau, cest que tous les jugements
de valeurs sétaient inversés... Alors
quen Chine on assassinait "allègrement"
les bébés de sexe féminin, ici, cétait
le contraire. Le sexe mâle avait perdu toute son aura...
Plutôt que de payer lamende, les couples préféraient
se débarrasser discrètement dune bouche
inutile et dévalorisante et tenter leur chance une
deuxième fois en espérant la naissance dun
fille.
Bob
Palmer mène l'enquête
"Scotty,
passez me voir le plus vite possible, jai des nouvelles
de Biscotte."Depuis maintenant
quatre ans que Biscotte avait fugué avec mon "Pass-Temps"
(un pass qui permettait de se téléporter dun
endroit et dune époque à lautre
en un clin dil), cétait la première
fois que je recevais un message aussi encourageant !
Il était
pourtant signé du déroutant "Bob Palmer"
: la dernière personne à qui jaurai
fais appel pour retrouver qui (ou quoi) que ce soit !...Bob
avait beau "descendre" dune lignée
de célèbres détectives (Jack étant
le plus connu), on ne pouvait pas dire que ses aptitudes
collaient avec le profil de lemploi... Aussi maladroit
et distrait que gentil, vêtu été comme
hiver dun imper trois fois trop grand dont il avait
hérité, il passait son temps à distribuer
des images et des mots doux quil tirait dun
sac Tati... Sans Computer Fixe depuis
la première heure, il vivait en marge de tous les
systèmes et de toutes les communautés. Lorsque
les SCF avaient créé les premiers musées
clandestins en allant chercher des pièces dans toutes
les époques disparues, Bob sétait aussitôt
proposé pour construire son propre musée.
Participant à sa façon à la lutte contre
loubli, il avait constitué une sorte de capharnaüm
où se trouvait tout ce qui pouvait exister sur la
bande dessinée depuis ses origines : albums,
bouquins théoriques, fresques, sérigraphies,
personnages en latex, jeux, peluches, dessins animés,
cédéroms...