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La fin des haricots

Extrait : "Votre mission, si vous l’acceptez, sera de répertorier les variétés de haricots "non perfectionnés" qui subsistent sur alphaland..."

Elle était bien bonne celle-là ! Comme si j’avais le choix. Il aurait suffit que je refuse cette sacrée mission pour me retrouver illico sur la liste rouge de Big Alpha... D’un autre côté, si je donnais la liste des cultivateurs de fayots "non-perfectionnés" (autant dire non-trafiqués par les pseudo savants du gros), je dénonçais purement et simplement tous les jardiniers clandestins. Pffff... Ils m’amusaient de plus en plus avec leurs missions foireuses ! Déjà que leur "mégafoude" me sortait par les yeux, il était hors de question que je participe à l’éradication des nourritures de survie. Non mais ! C’est pas parce que la plupart des Alphands étaient aussi crétins que désinformés qu’on allait tous devenir pareils. C’est sûr, pour eux la vie était belle et d’une simplicité remarquable. La plupart d’entre eux ignoraient purement et simplement l’existence des haricots ou de tout autre vrai légume. Pour eux, l’aventure gastronomique consistait à s’envoyer quotidiennement les légumes officiels, à savoir : la "parotte", la "rutaboulette" ou la "poilade". Trois "nutriments" qui étaient composés d’un cocktail d’anciennes herbes et légumes (patate et carotte ; rutabaga et ciboulette, poireau et salade) auxquelles les sbires du gros ajoutaient un adjuvant qui s’apparentait au "gibolin" des années 90...

Les gardiens du temps

Extrait : "J’avais été libre autrefois... Libre de retrouver dans ma mémoire les moments de ma vie. Aujourd’hui, tout a disparu... "

Ils étaient des centaines dans ce cas. Débarqués sur Alpha Land dans le plus grand secret, on les retrouvait ici ou là, vêtus de frusques d’un passé assez improbable avec ce regard vide et affolé des amnésiques... Détachée sur cette mission par Big Alpha, j’étais chargée de résoudre, dans la plus grande discrétion, l’énigme des mémoires disparues. Zelda W23 était également sur le coup et nous avions ordre de mener ensemble cette enquête un peu spéciale...
C’était vraiment étrange : habillés en ouvriers de la révolution industrielle, ils "atterrissaient" sur Alpha Land avec un petit pois en guise de mémoire et cette sensation d’être "enfermés" ; d’avoir perdu la liberté d’aller et venir dans leur petite tête...

Biscotte, l'avatar raté

Extrait : "Biscotte a contente... ici... eu veu pas partir... jamais !" Biscotte, la charmante Biscotte, venait de s’exprimer et je contemplais, horrifiée, ce reflet monstrueux de moi-même... Trois fois plus grosse que moi, avec un nez deux fois plus long, un regard trouble, des fringues cauchemardesques et une élocution digne d’un enfant de trois ans, elle me ressemblait cependant d’une façon étonnante !

Tout avait commencé de façon très amusante : je venais de fêter mes 137 ans et cet abruti de Storm, un ami SCF, n’avait rien trouvé de plus spirituel que de m’offrir le dernier gadget à la mode : l’avatar raté. "L’avatar raté" était apparu en 2610. Il y avait d’abord eu le simple avatar, un clone de soi-même que l’on pouvait se procurer dans n’importe quelle boutique de clones. Les Alphands s’en étaient entichés pendant un an ou deux et puis le soufflé était retombé... Certains trouvaient ça pratique ou distrayant. Ils pouvaient vous remplacer au pied levé pour n’importe quelle réception casse-pieds, jouer le partenaire pour une partie de cartes ou, plus simplement, éplucher quelques "rutaboulettes"...

Le mal de vivre

Extrait : Un tempologue... Il fallait que j’emmène cette pauvre Biscotte toute déprimée chez un tempologue ! C’est Storm qui m’avait donné ce conseil. D’après lui, elle aurait tout simplement le mal... du temps.

Il était plutôt bien placé pour le savoir puisque c’est lui qui avait eu la géniale idée de m’offrir cet "avatar raté"...
D’abord perturbée par la présence de cette drôle de personne, j’avais fini par me faire une raison et je m’étais organisée pour que tout se passe bien avec elle...C’est seulement au bout de trois ou quatre mois que j’avais senti les signes avant-coureurs de la dépression biscotienne. Son élocution qui s’améliorait de jour en jour avait soudainement régressé. Elle restait de longues heures à regarder les ciels formatés d’Alphaland ; les couchers de soleils paradisiaques et autres azurs pétillants censés nous rendre parfaitement heureux... Ça avait plutôt l’air de la déprimer et, à chaque fois, elle me rappelait ce petit extraterrestre que j’avais vu dans un film du XXème siècle et qui réclamait doucement sa maison...

Recherche Biscotte désespérément

Extrait : Biscotte avait fugué ! Fascinée par mon "Pass-Temps", elle s’en était emparée pour filer en douce dans je ne sais quelle époque... J’avais commis une grave négligence en le laissant traîner et je pouvais désormais m’attendre au pire : ne plus jamais la récupérer sur Alphaland...

L’état de Biscotte, son désir si fort de savoir d’où et de quand elle pouvait bien venir avaient évidemment motivé son geste. Kidnappée dans une époque indéfinissable par des pirates de l’espace, elle avait de plus en plus souvent le mal du temps... Dès que j’avais un moment de répit, elle me demandait de lui raconter ce que j’avais vu là-bas... A quoi ressemblait les vénusiens, comment s’habillaient les Troglodytes ou s’il était vrai que Alf l’extraterrestre mangeait les chats à chaque nuit de pleine lune...Je ne m’étais pas méfiée ; cette façon de la faire voyager elle aussi m’avait même semblé judicieuse : ça lui donnait les clés qui ouvriraient peut-être les portes de sa mémoire... Et puis, ça avait au moins le mérite de lui changer les idées. Mais bon, j’aurais dû penser à la tentation que représentait mon "Pass-Temps"...

Les droits dans le nez

Extrait : La roue tournait... Tant et si bien que les pires atrocités se répétaient joyeusement d’un millénaire à l’autre... Un bref séjour dans le XXIVème siècle terrien venait de me le confirmer. Big Alpha, maître absolu du "meilleur des meilleurs des mondes", venait en effet de m’envoyer en 2338 avec pour ordre de mission de mettre un terme au plus violent génocide de tous les temps... Rien que ça !

Je débarquais donc en 2338 avec une responsabilité dont je me serais bien passée ! Les droits de l’homme (au sens strict) étaient en effet clairement bafoués dans cette enclave de temps. Amnesty Interstellaire, qui intervenait dans toutes les dimensions de l’univers, faisait régulièrement appel à nos services pour résoudre ce genre de situations. Avec ce que nous avions vu, entendu et ressenti, j’avais d’ailleurs l’impression que plus rien ne pourrait encore m’étonner. Je me trompais : ce qui se passait en ces années là était d’une bizarrerie particulièrement exceptionnelle... Face à la surpopulation, les autorités avaient imposé une régulation des naissances. En clair : chaque couple n’avait droit qu’à un enfant. S’il en voulait un deuxième, il devait alors s’acquitter d’une amende égale à 24 mois de salaire.
Jusque-là, hélas, rien d’étonnant : j’avais déjà rencontré cette situation dans la Chine du XXème siècle... Ce qui était nouveau, c’est que tous les jugements de valeurs s’étaient inversés... Alors qu’en Chine on assassinait "allègrement" les bébés de sexe féminin, ici, c’était le contraire. Le sexe mâle avait perdu toute son aura... Plutôt que de payer l’amende, les couples préféraient se débarrasser discrètement d’une bouche inutile et dévalorisante et tenter leur chance une deuxième fois en espérant la naissance d’un fille.

Bob Palmer mène l'enquête

"Scotty, passez me voir le plus vite possible, j’ai des nouvelles de Biscotte."Depuis maintenant quatre ans que Biscotte avait fugué avec mon "Pass-Temps" (un pass qui permettait de se téléporter d’un endroit et d’une époque à l’autre en un clin d’œil), c’était la première fois que je recevais un message aussi encourageant !

Il était pourtant signé du déroutant "Bob Palmer" : la dernière personne à qui j’aurai fais appel pour retrouver qui (ou quoi) que ce soit !...Bob avait beau "descendre" d’une lignée de célèbres détectives (Jack étant le plus connu), on ne pouvait pas dire que ses aptitudes collaient avec le profil de l’emploi... Aussi maladroit et distrait que gentil, vêtu été comme hiver d’un imper trois fois trop grand dont il avait hérité, il passait son temps à distribuer des images et des mots doux qu’il tirait d’un sac Tati... Sans Computer Fixe depuis la première heure, il vivait en marge de tous les systèmes et de toutes les communautés. Lorsque les SCF avaient créé les premiers musées clandestins en allant chercher des pièces dans toutes les époques disparues, Bob s’était aussitôt proposé pour construire son propre musée. Participant à sa façon à la lutte contre l’oubli, il avait constitué une sorte de capharnaüm où se trouvait tout ce qui pouvait exister sur la bande dessinée depuis ses origines : albums, bouquins théoriques, fresques, sérigraphies, personnages en latex, jeux, peluches, dessins animés, cédéroms...